CONSULAT FRANÇAIS – Dur, dur d’être tamponné

Obtenir un visa Schengen pour venir visiter la France n’est pas une mince affaire pour les ressortissants étrangers. Les consulats tricolores ne rendent en tout cas pas la tâche facile selon la Cimade, qui dénonce l’aspect arbitraire d’une procédure trop longue et trop chère

passeportVous n’avez pas la nationalité française ? Ou bien est-ce le cas de votre conjoint (e) ? Si vivre votre amour dans votre pays de résidence ne pose pas de problème, venir ensemble au pays du romantisme relève du véritable parcours du combattant. Dans son rapport annuel d’observation, la Cimade, association d’aide aux migrants (AFP), a pointé du doigt les difficultés liées à la délivrance des visas français par les consulats à l’étranger. L’ONG, qui a étudié la situation dans six pays (Algérie, Mali, Maroc, Sénégal, Turquie et Ukraine), dénonce :“le flou complet des documents à produire, l’argent qu’il faut verser et qui n’est pas remboursé même si la demande est refusée, les délais d’instruction extrêmement variables, les refus oraux sans explications ni motivation, les informations erronées sur les voies de recours”.

Trop long, trop cher, trop opaque
Le temps d’instruction d’un visa Schengen ne doit normalement pas dépasser 15 jours. Le tampon devrait, lui, ne coûter qu’entre 60 et 90 euros (court et long séjour) selon la législation européenne. Or dans la pratique, tout est bien différent. En Ukraine, comptez plusieurs mois avant d’obtenir le précieux sésame. Dans d’autres pays, comme la Chine, il vous faudra débourser 25 euros supplémentaires, votre dossier étant d’abord examiné par des sous-traitants. Encore vous faudra-t-il avoir tous les papiers en règle car si une liste est pourtant définie par le Code d’entrée et de séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda), chaque consulat a ses propres exigences en matière de justificatifs. Une fois toutes ces embûches surpassées avec brio, vous vous imaginez déjà gravir les étages de la Tour Eiffel, c’est sans compter sur le refus surprise du consulat. Devant vos interrogations, l’agent vous gratifiera d’un laconique : “le service consulaire n’a pas à justifier de son refus”.

Un sentiment d’injustice
Si 90% des requêtes de visas (sauf titre de séjour) sont acceptées, pour beaucoup les portes du consulat restent fermées. “C’est une humiliation quotidienne pour des milliers de citoyens, dont le seul souci est d’aller voir ce qui se passe ailleurs”, explique Walidi S. au Monde. Son sentiment n’est pas isolé. L’image de la France “terre d’accueil” est écornée par les difficultés voire magouilles rencontrées. La déception est perceptible dans les témoignages des candidats au visa, déçus, mais aussi dans ceux des ressortissants français souhaitant faire visiter leur patrie à leur conjoint(e), amis ou encore belle-famille. Denis B. explique ainsi que “tous les membres de la famille [de sa compagne camerounaise ndlr] qui ont tenté de faire une demande de visa se sont heurtés à des refus, les tampons de sanction bien visibles dans leur passeport. Marqués au fer rouge, ils sont disqualifiés pour toute nouvelle tentative”. Certains passent donc même par d’autres ambassades d’Etats membres de l’espace Schengen pour obtenir leur laissez-passer.

Les explications du ministère
En Algérie où 132.136 visas ont été délivrés en 2008, la Cimade a noté un “taux de refus extrêmement élevé” : 35% contre 9,6% en moyenne 2008 pour l’ensemble des consulats de France à l’étranger. Michel Dejaegher, consul général de France à Alger – deuxième plus important consulat après celui de Moscou en termes de demandes de visa -, a expliqué lors d’une conférence de presse que le taux de refus “reste élevé en raison du risque de détournement de l’objet du visa, soit pour rester illégalement en France, soit pour profiter indûment de prestations médicales”. Le ministère de l’Immigration a tout de même décidé de faire un petit effort en demandant à ses consulats de fournir, dès le 5 mars 2011, une justification pour tous les refus de visas de court séjour. Bonne nouvelle donc en ce 14 juillet pour tous les amoureux de la France et de ses valeurs républicaines : si la France n’offre aucune garantie d’uniformisation de ses services consulaires à l’étranger, en cas de zèle de l’un de ses consulats, les voyageurs éconduits sauront au moins pourquoi.

Publié sur Lepetitjournal.com

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