MOZAMBIQUE – Ça se complique

La guerre du pain a fait rage au Mozambique. Les manifestations contre la hausse des prix dans la capitale Maputo ont fait 13 morts et plus de 400 blessés. Le gouvernement a finalement renoncé à cette nouvelle augmentation d’un produit de première nécessité

mozambiqueLe gouvernement mozambicain a fait face à une deuxième vague de protestation face à la vie chère (photo AFP). Après les émeutes de la faim de 2008, où six personnes avaient trouvé la mort, les manifestations de la semaine dernière (1er au 3 septembre) ont fait 13 morts et plus de 400 blessés, a annoncé lundi le gouvernement d’un des pays les plus pauvres au monde.

Riposte policière violente
Les autorités mozambicaines estiment qu’un calme relatif s’est réinstauré ce week-end dans la périphérie de Maputo. Les manifestants issus des bidonvilles autour de la capitale s’étaient armés de pierres pour exprimer leur colère face à une augmentation de 30% au 6 septembre du prix du pain. 80% des 23 millions de Mozambicains vivent en effet avec moins d’un dollar par jour. La police aurait répliqué dans un premier temps avec des balles en caoutchouc avant de tirer à balles réelles. Les forces de l’ordre auraient procédé à l’arrestation de 142 personnes “pour avoir brûlé des pneus et détruit des biens, et six autres pour avoir envoyé des SMS” appelant à manifester, a indiqué un porte-parole de la police, Joaquim Selemane. Les policiers se sont également déployés dans les quartiers pauvres pour éviter toute nouvelle émeute. La Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) a exprimé son inquiétude face à la situation d’extrême tension sociale dans cette ancienne colonie portugaise ravagée jusqu’en 1992 par une guerre civile.

Une économie vacillante
Le gouvernement, dirigé par le Front de libération du Mozambique (Frelimo), s’était montré ferme face aux protestations de la population qui a déjà subi une augmentation des prix du riz, de l’eau, du pétrole et de l’électricité. “Les hausses de prix sont irréversibles”, avait martelé, son porte-parole, Alberto Nkutumula. Alors que le gouvernement mettait en avant la hausse mondiale du cours du blé pour expliquer cette nouvelle augmentation, il oubliait de préciser que la plus grande partie de ses terres agricoles sont aujourd’hui réservées par des firmes européennes pour la production de biocarburant. Les cultures locales se faisant de plus en plus rares, les prix des produits de première nécessité augmentent. Malgré la forte croissance nationale (7% par an) – qui n’a que peu bénéficié à la population, faute d’infrastructures et à cause de la corruption,-, la monnaie a été dépréciée de 43% face à un rand sud-africain de plus en plus fort. La consommation locale dépend en effet des importations provenant de son voisin.

La révolution par texto
Faute de pouvoir se nourrir convenablement, les Mozambicains déshérités avaient appelé à de nouvelles manifestations, via leur nouvelle arme : le téléphone portable.“Cette technologie est un nouveau moyen de donner une voix, un pouvoir, un moyen d’expression aux pauvres”, explique Joao Pereira, directeur du Mécanisme de soutien à la société civile du Mozambique. Un quart des habitants en est pourvu, une proportion deux fois plus importante que le nombre de Mozambicains reliés au réseau électrique. Devant l’ire populaire et le retour probable de nouvelles violences, le gouvernement mozambicain a finalement cédé. “Le gouvernement a décidé de (…) maintenir le prix du pain à son niveau précédent grâce à une subvention”, a annoncé mardi le ministre du Plan, Aiuba Cuereneia, lors du conseil des ministres. Autre bonne nouvelle : les prix de l’eau et de l’électricité devraient diminuer. les autorités de Maputo promettent également de “diminuer les dépenses publiques pour dégager des fonds et subventionner les prix des produits de base.”

Publié sur Lepetitjournal.com

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