RAYMOND DEPARDON – Sa France du milieu

On connaissait la France d’en haut et celle d’en bas, mais qu’en est-il du reste ? Le photographe Raymond Depardon s’est intéressé à cette France d’entre-deux souvent oubliée mais pourtant porteuse de l’identité tricolore et d’un certain espoir

raymonddepardonRaymond Depardon (photo AFP) est l’un des documentaristes et des photographes français majeurs de ce dernier demi-siècle. Le photo-reporter a débuté sa carrière dans les années 1960 avec Paris Match, pour lequel il obtient notamment un entretien-photographique exclusif avec le commandant Massoud en 1978. Après un tour du monde en 14 jours ou encore s’être longuement intéressé au monde rural tricolore, l’œil de ce fils de paysans s’est posé sur une France oubliée, celle qui est entre ville et campagne, mais qui ne fait partie d’aucun des deux mondes. “Sa” France est aujourd’hui exposée à la Bibliothèque nationale de France dans le XIIIème arrondissement de Paris.

La France de Depardon
Raymond Depardon, ancien photojournaliste de l’agence Gamma et Magnum, a l’idée d’immortaliser cette France du milieu en 1998. Il lui faudra attendre 2004 pour monter dans son camping-car et commencer un périple de 70.000 km qui lui fit traverser pendant cinq ans l’Hexagone d’un point cardinal à son opposé. De cette immersion dans une France oubliée, celle dont on ne parle “que lorsqu’il y survient un fait divers ou une catastrophe naturelle”, Depardon ramène 7.000 clichés pris à la chambre 20X25. Parmi eux, 300 sont publiés dans un livre édité par Seuil et la BnF et 36 tirages argentiques en couleur de très grand format sont mis en avant par l’exposition, qui confronte le visiteur avec un ordinaire qui retranscrit l’essence identitaire française.

Une France ni joyeuse ni triste
Loin de la France carte-postale et des beautés des monuments, la caméra de Depardon s’est arrêtée sur les devantures de boucherie, les petites maisons sans prétention, les marchés des sous-préfectures et les chaussées défoncées. Digne héritier des photographes américains Walker Evans (1903-1975) et Paul Strand (1890-1976), Depardon a choisi une prise de vue frontale pour une confrontation directe avec ces petits riens qui font notre grand tout. Cette France “bricolée” comme il la qualifie, l’a visiblement touché par sa tendresse et ses habitants qui ont “un peu honte” de leurs bourgs négligés. Ce grand bout d’Hexagone que seul Google street view ose encore photographier, n’est “pas très gai” mais “pas déprimé”, explique le photographe du réel. Les couleurs y sont d’ailleurs très présentes : du rouge, du bleu, des tons puissants pour trancher avec la monotonie de la vie. “Ce sont des couleurs presque politiques. Elles disent ‘je veux exister'”, analyse Raymond Depardon.

Un espoir ordinaire
Cette France a beaucoup plu au photographe qui avoue “un faible” pour les années 1950. “Ça fait tilt pour moi, ces années formica”, explique-t-il. A 68 ans, Raymond Depardon s’est amusé comme un bambin à partir sur les routes : “J’éprouvais une joie très enfantine, très primaire, j’étais content d’avoir survécu au trac d’aller à Montbuisson en camping-car.” Tel un vilain garnement à l’œil polisson, le photographe se souvient : “Je me garais sur les places de village. Un matin, je me suis retrouvé en pyjama au beau milieu d’un marché qui venait de se monter”. C’est donc finalement avec un certain émerveillement que Raymond Depardon décrit cette France intermédiaire : “Ce ne sont pas 22 régions que l’on voit, ni 95 départements, mais quelque 400 pays”. Un certain espoir se dégage d’ailleurs de ce portrait de la France d’entre-deux. A tel point que le photographe admet : “Parfois je suis tenté de quitter la capitale. (…) Ces gens ont de l’air. Et ils voient l’horizon”.

Publié sur Lepetitjournal.com

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