HOMOSEXUALITE – Dernier tabou de l’armée américaine

“Ne rien demander, ne rien dire”, voilà ce que l’on impose aux soldats américains concernant leur orientation sexuelle. Une juge américaine vient pourtant d’interdire l’application de la loi qui oblige les homosexuels à se cacher sous peine d’exclusion. Les Républicains ne sont pourtant pas prêts à renoncer à ce tabou

Dan Choi, officier américain, a été renvoyé il y a quelques semaines de l’armée américaine. Son crime ? Il a avoué son homosexualité. Son cas est malheureusement loin d’être isolé. Depuis la mise en place de la loi “Don’t ask, don’t tell” (ne rien demander, ne rien dire) en 1993, sous l’administration Clinton, 14.000 soldats ont dû quitter les rangs de l’armée en raison de leur homosexualité. Cette loi oblige en effet les soldats homosexuels américains à vivre dans le mensonge pour servir leur pays, pourtant en proie à de nombreux conflits.

dontaskdonttellUne manifestation contre le Don’t ask, don’t tell, à Washington (AFP)

Une juge interdit la loi
Cette loi fait débat aux Etats-Unis. Des artistes/icônes gay comme Lady Gaga, Cher ou la comédienne Kathy Griffin se sont mobilisés pour son abrogation. La juge fédérale Virginia Phillips a pris les devants en estimant que cette loi “ne respecte pas les droits fondamentaux des militaires américains, viole le droit à une application égalitaire de la loi et le droit à la liberté d’expression”. La magistrate du tribunal fédéral de Los Angeles a donc “interdit” aux Etats-Unis d’“appliquer la loi ‘Ne rien demander, ne rien dire’ et de la mettre en œuvre contre n’importe quelle personne sous leur juridiction ou leurs ordres”.

La bataille n’est pas encore gagnée
Servicemembers United, la plus grande organisation de militaires et d’anciens combattants gays et lesbiennes des Etats-Unis a salué cette décision “courageuse et historique” du juge Phillips mais ne crie pas encore victoire. “Sans rien enlever à l’importance de la nouvelle, nous voulons mettre en garde contre un gel éventuel de la décision par la cour d’appel. Mais si cette dernière veut être du bon côté de l’histoire, elle confirmera cette décision juste et longtemps espérée”, a déclaré dans un communiqué Alexander Nicholson, directeur de l’association.
En effet, les sénateurs républicains -les plus fervents défenseurs de la loi- devraient en effet tenter de faire pression sur la justice américaine. Le président Barack Obama et la Chambre des représentants ont eu beau être favorables au projet d’abrogation, le Sénat a refusé le 21 septembre dernier toute discussion sur le sujet. Des sénateurs républicains, comme l’ancien candidat à la présidence John McCain, réclament les conclusions d’une étude du Pentagone sur la façon de mettre fin au tabou homosexuel dans l’armée, avant tout vote sur la question.

Les Américains ne veulent plus de tabou
La justice américaine a entre les mains le sort de nombreux soldats homosexuels qui demandent seulement de pouvoir défendre leur pays sans qu’on les ennuie avec leur orientation sexuelle. Une infirmière lesbienne, bafouée suite à la délation de l’ex-mari de sa compagne, avait pu être réintégrée fin septembre dernier grâce à une décision de la justice américaine. Les associations de défense des droits homosexuels espèrent que la justice ira jusqu’au bout en obtenant l’abrogation de cette loi. Reste encore à savoir si le tabou aura ou non la vie dure dans les rangs de l’armée. D’après de récents sondages, la majorité des Américains sont favorables à ce que les soldats puissent afficher leur orientation sexuelle.

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