BERNARD PIVOT – Les années Apostrophes

Apostrophes, Bouillon de culture, Double je, les Dicos d’or, c’est lui. Bernard Pivot a animé pendant trente ans des émissions littéraires sur le service public. Le journaliste, heureux retraité de la télé, appuie sur le bouton retour en arrière pour un reportage retraçant sa carrière

bernardpivotUn reportage inédit de la collection Empreintes a été diffusé vendredi soir sur France 5 afin de retracer la carrière de Bernard Pivot (photo AFP). Et il y a de quoi dire ! Le journaliste amoureux des mots a en effet passé trente ans de sa vie à hanter les plateaux de télévision. Aujourd’hui, retraité de la petite lucarne mais pas de la littérature, Bernard Pivot, 75 ans, méritait bien un hommage appuyé sur ces années Apostrophes.

Le hasard fait bien les choses
Rien ne prédestinait Bernard Pivot à devenir présentateur. Originaire de Lyon, il était un élève moyen, plus doué en sport que dans les autres matières. Ce n’est que grâce à son amour du français –et un peu de chance, avoue-t-il – qu’il est accepté au Centre de formation des journalistes (CFJ) et monte à Paris en 1955. C’est encore “par hasard” qu’il est embauché par le Figaro littéraire en 1958. Il y travaille jusqu’à la disparition du journal en 1971. Rapatrié au Figaro, il n’y restera que quatre ans avant de lancer le magazine Lire en 1975. Cette même année, ses passions télévisuelles commencent.

Une vie entre parenthèses pour Apostrophes
Le lancement d’Apostrophes le 10 janvier 1975 le vendredi soir sur Antenne 2 marque le début d’une belle histoire d’amour avec le public mais surtout pour les écrivains et grands penseurs de ce monde. Lévi-Strauss, Jankélévitch, Nabokov, Dumézil, Yourcenar, Duras, D’ormesson ou Soljenitsyne, ils sont tous passés à sa table pour discuter de leurs ouvrages et débattre avec d’autres de leurs théories. “J’ai eu la chance de ne pas avoir fait d’études supérieures de lettres, sinon j’aurais été de la paroisse, j’aurais voulu montrer que j’en savais autant qu’eux. En fait, la télé a été mon université. Chaque vendredi, je passais un examen.”, explique Bernard Pivot. Un peu méprisé par une certaine intelligentsia germanopratine, l’animateur recevra les écrivains mais pas leur amitié, à l’exception près de Jorge Semprun. L’émission durera jusqu’en 1990 mais non sans effort. L’animateur a vécu pendant 15 ans quasi reclus, passant entre 12 et 14 heures par jour à lire pour préparer le programme. Sans oublier non plus la difficulté à gérer certains auteurs, animaux nocturnes et taciturnes comme Charles Bukowski, qui sortira titubant du plateau.

Une retraite heureuse
Après Apostrophes, Bernard Pivot s’ouvre aux autres arts avec Bouillon de Culture, une émission qui se terminera toujours par son fameux questionnaire, repris plus tard par l’Américain James Lipton dans son émission Inside actor’s studio sous le nom de questionnaire Bernard Pivot. Le programme s’arrête en 2001. Un an plus tard, Pivot s’intéresse dans Double je à ces personnalités étrangères qui aiment la langue de Molière et l’intègrent à leur culture d’origine. En 2005, à l’âge de 70 ans, Bernard Pivot prend sa retraite de l’antenne et met fin par la même occasion aux Dicos d’or, une compétition annuelle d’orthographe où les dictées étaient aussi drôles que redoutées. “Durant toutes ces années, j’ai mis de côté ma vie familiale et personnelle. Je me dis aujourd’hui que la vie est plus importante que la littérature.”, avoue le fin lecteur qui n’en a pourtant pas fini avec le monde littéraire. Bernard Pivot est ainsi le premier non-écrivain à être élu au sein de l’Académie Goncourt. Il partage aujourd’hui son temps entre les vignes du beaujolais et sa demeure parisienne envahie de milliers de livres, comme autant de fantômes de ces années Apostrophes.”Si je me pose la question: as-tu réussi dans la vie, je réponds oui. Mais si je me pose la question: est-ce que tu as réussi ta vie, j’ai beaucoup de mal à répondre.”, avoue humblement celui qui a longtemps rappelé au service public sa mission culturelle et aux Français le plaisir simple qu’est la lecture.

Publié sur Lepetitjournal.com

Advertisements