THAN SWE – Le tyran birman

Mégalo, superstitieux et fasciste, le Généralissime Than Shwe a tout l’apparat du parfait tyran, le charisme en moins. Après des élections législatives traficotées, le chef de la junte birmane a une nouvelle fois réussi à asseoir son pouvoir sur une démocratie de carton pâte

thanshweLe chef de la junte Than Shwe (photo AFP) est le grand vainqueur des élections législatives birmanes de dimanche dernier, les premières organisées depuis 20 ans. Personne n’en doutait, pas même les Birmans. La Ligue nationale pour la démocratie (LND) de la prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, toujours assignée à résidence, avait d’ailleurs boycotté ce scrutin. Le  Parti de la solidarité et du développement de l’Union (USDP) qui suit les idées du Généralissime à la lettre près, a annoncé sa victoire avant même les premiers résultats. Les deux partis d’opposition en lice ont déjà concédé leur défaite. “Nous avons pris la tête au début mais l’USDP a présenté ensuite des soi-disant votes par anticipation et cela a complètement modifié les résultats, donc nous avons perdu”, a déploré Khin Maung Swe, chef de la FND, le premier parti d’opposition.

Dictateur sans pitié
Placé en 1992 à la tête du Myanmar (nom officiel de la Birmanie), soit 30 ans après l’arrivée au pouvoir des militaires, Than Shwe est heureux d’asseoir sa souveraineté – même par la fraude – après s’être pris une raclée électorale en 1990, quand Aung San Suu Kyi et ses partisans avaient raflé plus de 80% des places d’une Assemblée qui n’a jamais siégé. Le général Than Shwe a déployé tous les moyens possibles pour paralyser la fougue politique de la fille du général nationaliste Ang San en l’assiégeant à résidence. Ne prononcez pas son nom en sa présence, cela le mettrait dans une colère noire. Ne parlez pas non plus de droits de l’Homme, il feindrait l’ignorance. Passé maître dans l’art des purges internes, Than Shwe n’a pas hésité en 2007 à réprimer violemment – 31 morts, 74 disparus – la révolte safran, celle des moines bouddhistes. Les minorités ethniques, notamment les Karen, font les frais de cette idéologie fasciste et xénophobe. Le bilan du cyclone Nargis -138.000 morts ou disparus – aurait, lui, pu être moins lourd si les portes du pays avaient été ouvertes plus tôt à l’aide humanitaire internationale, le tyran était bien trop occupé à consulter ses astrologues.

Monarque sans charisme
Peu importe les sanctions et autres diatribes de la communauté internationale, le Généralissime est fier de sa “démocratie florissante et disciplinée”. Rien ne prédisposait en effet le jeune postier, rentré à 20 ans dans l’armée, à devenir le chef suprême redouté et craint qu’il est aujourd’hui. “Le secret de la réussite de Than Shwe est son absence de charisme, de perspicacité et de talent, Il était si effacé, si insignifiant, si obéissant qu’il n’était pas perçu comme une menace par ses supérieurs. Ils le récompensaient en lui donnant des galons.”, assure Benedict Rogers, auteur de la seule biographie* sur le dictateur. Le Général bedonnant, jugé lent et silencieux, s’est avéré un savant manipulateur, gravissant un à un les échelons de la Tatmadaw, l’armée birmane. Il règne aujourd’hui sans partage sur les quelque 50 millions de Birmans. Comble de la mégalomanie, il a érigé dans le plus grand secret une nouvelle capitale : Naypyidaw (demeure des rois en birman) où auprès de son éléphant blanc, ses huit enfants et ses missiles sol air, il ne se fait plus appeler que “Bu Daw” (titre réservé aux monarques). Sa fille Thandar, en 2006, a eu le droit à un mariage digne de celui d’une princesse. Coût de la cérémonie : 50 millions de dollars. Celui des cadeaux offerts aux jeunes époux : trois fois le budget de la santé.

Le règne de Than Shwe ne devrait pourtant plus être très long et c’est avec réticence qu’il devra passer la main. A 77 ans, on le dit atteint d’un cancer du pancréas et même d’épisodes de démence passagère. Que l’on regarde son bilan médical ou politique, le constat est le même : la folie a assez duré.

* Than Shwe, Unmasking Burma’s Tyrant. Silkworm Books.

Published in lepetitjournal.com

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