CHRETIENS D’IRAK – Que Dieu nous garde

Ils prient à Bagdad, Mossoul ou encore Kirkouk. Ils sont irakiens, chrétiens et sont devenus la cible des islamistes d’Al-Qaeda. Après le carnage de la Toussaint et une nouvelle série d’attentats, les chrétiens hésitent entre la résistance et l’exil

chretienirakUn homme cloue une croix et le drapeau national sur le cercueil d’un proche décédé dans l’attentat contre la cathédrale de Notre-Dame du Perpétuel Secours, le 31 octobre, à Bagdad (Ahmad Al-Rubaye/AFP)

Une nouvelle série d’attentats a visé mercredi matin les domiciles de chrétiens à Bagdad. “Deux obus de mortier et dix bombes artisanales ont visé les domiciles de chrétiens dans différents quartiers de Bagdad entre 06H00 (03H00 GMT) et 08H00 (05H00 GMT), le bilan s’élève à trois tués et 26 blessés”, a indiqué à l’AFP un responsable du ministère de l’Intérieur sous couvert de l’anonymat. Ces nouveaux actes de violence viennent alourdir le bilan du nombre de chrétiens tués ou blessés en Irak. Le dimanche 31 octobre, ce sont une quarantaine de fidèles qui sont morts suite à une prise d’otage tragique orchestrée par l’État islamique en Irak, la branche irakienne d’Al-Qaeda, dans la cathédrale catholique-syriaque de Notre-Dame du Perpétuel Secours, au cœur de Bagdad.

Pourquoi tant de haine ?
Ce massacre de la Toussaint est symbolique de la volonté affichée par les groupes islamistes de prendre pour cible les chrétiens d’Irak. La communauté chrétienne vit pourtant depuis plus de 2.000 ans dans la région. Estimés par le laïc Saddam Hussein, les chrétiens étaient positionnés dans les plus hautes sphères de la société irakienne. Ils ont cependant payé cher les différents conflits qui ont balayé le pays. Les chrétiens ne représenteraient aujourd’hui que 3% de la population irakienne, soit moitié moins qu’avant le début de la guerre avec les Etats-Unis. Coincés entre musulmans chiites et sunnites dans un pays sans gouvernement, ils sont maintenant la cible privilégiée d’Al-Qaeda. “L’unique point d’accord entre sunnites et chiites, c’est le départ des chrétiens”, confirme Marc Fromager, directeur d’Aide à l’Église en détresse.

Partir, c’est mourir un peu
Beaucoup de chrétiens d’Irak se sentent aujourd’hui exclus de leur propre patrie, à tel point qu’ils préfèrent s’exiler vers la Jordanie, la Turquie ou les Etats-Unis. “Pourquoi rester ici ? Il n’y a rien que de la souffrance et du chagrin ?”, déplore ainsi Athir Adam, un chrétien vivant à Bagdad. La France a annoncé, via son ministre de l’Immigration, Eric Besson, avoir accueilli sur son sol 150 chrétiens d’Irak victimes de l’attentat de Bagdad du 31 octobre. Si accepter les demandes d’asile de ces chrétiens opprimés est tout à l’honneur du gouvernement français, est-ce vraiment la meilleure solution ? Comme l’explique, Hosham Dawod, anthropologue au CNRS: “il faut aider les victimes d’attentats en Irak comme ailleurs, mais qu’elles soient chrétiennes ou musulmanes, kurdes ou arabes, mandéennes, Yazidis ou shabaks. Il peut paraître incompréhensible pour les Irakiens qu’à l’heure des deuils et des enterrements, la France trie dans les victimes.” Cette main tendue par l’Occident vers les chrétiens d’Irak pourrait d’ailleurs desservir ceux restés sur place, car être perçu comme un ami de l’Occident n’est pas du meilleur effet dans le pays.

Craignant une migration hémorragique des chrétiens hors d’Irak, le père Sabri Anar, curé dans la paroisse chaldéenne Saint-Thomas-Apôtre de Sarcelles (Val d’Oise) avertit : “les chrétiens ne doivent pas quitter l’Irak car l’Irak sans les chrétiens n’est plus l’Irak”. Outre l’animosité religieuse, c’est d’ailleurs bien là la raison de cet acharnement des islamistes envers cette communauté chrétienne, qui a toujours servi de ciment identitaire lors des différentes crises qui ont morcelé le pays. Al-Qaeda le sait bien, une fois les chrétiens partis, il ne restera plus qu’à ramasser les morceaux.

Publié sur Lepetitjournal.com

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