MONTER SA BOITE A L’ETRANGER – C’est plus facile ?

Beaucoup de Français voient en l’expatriation une opportunité de commencer, seul ou avec un partenaire local, leur propre affaire loin d’un carcan fiscal et créatif français trop étouffant à leur goût.  Mais comment faire pour que cette votre petite entreprise ne connaisse pas la crise ?

expatentreprise2(© Corbis)

Selon l’enquête réalisée par la Maison des Français de l’Etranger (MFE) : Enquête sur l’expatriation des Français en 2008, 65 % des Français résidant à l’étranger affirment rechercher grâce à leur expatriation une nouvelle expérience professionnelle. Pourquoi ne pas dans ces conditions créer sa propre affaire ? C’est certainement ce que se sont dit les créateurs français des 150.000 entreprises de droit local (nouvelles sociétés et non pas filiales d’un groupe français) existant déjà à l’étranger. Partir ailleurs a ouvert la possibilité à ces aventuriers de l’entreprenariat d’embrasser le rêve de tout un chacun : devenir son propre patron.

Pourquoi pas en France ?
L’avènement du statut d’auto-entrepreneur a débloqué quelque peu les difficultés liées à la création d’entreprise en France. Pourtant, les Français sont toujours aussi nombreux à vouloir tenter l’aventure au-delà des frontières tricolores. La pression fiscale française n’est pas faite pour les en dissuader. “Je n’aurais probablement pas pu faire la même chose en France. Le Mexique est un pays jeune, qui se construit et où il y a encore beaucoup de choses à faire ! Les charges administratives et fiscales sont certainement moins lourdes qu’en France”, explique ainsi Christine Vassort, fondatrice de Centro de Lenguas y Arte, une école de langues.

Plus d’opportunités ailleurs
Et puis, l’œil étranger peut avoir du bon quand on s’implante dans un nouveau pays et donc sur un nouveau marché. Mélanie et Isabelle, présidentes de Chillikids (marque de vêtements pour enfants), ont ainsi eu l’idée de lancer leur affaire en constatant qu’il était difficile dans leur pays d’accueil, le Cambodge, de trouver des vêtements pour habiller leurs bambins. Le marché français, bouché et trop concurrentiel, laisse finalement peu de marge de manœuvre à ces jeunes créateurs d’entreprises.”La France est un peu morose”, souligne ainsi Michel Rocher, animateur de Business Deployment Mexico qui a comme vocation initiale d’aider les entreprises françaises au Mexique.

Y’a plus qu’à …
Vous avez une idée ? Il faut maintenant la mettre en pratique. Etude marketing, business plan et surtout fonds en poche, n’oubliez pas de vous attaquer en amont à la paperasse. Dans certains pays comme l’Espagne ou la Belgique, des guichets uniques ont été mis en place afin de faciliter les démarches administratives. Aux Etats-Unis, créer votre entreprise ne vous coûtera que 50 dollars et aucun autre paiement ne vous sera demandé jusqu’à votre premier bénéfice. La prise de risque est alors savamment contrôlée. Au Chili, le programme Startup Chile, signé en 2007 mais initié réellement en 2010, permet, quant à lui, de financer l’émergence d’entreprises nouvelles portées par des étrangers, avec à la clé une bourse de 20 millions de pesos (environ 30.000 €).

Mais tout n’est pas toujours aussi simple. Dans certains pays (d’Asie notamment), il est impossible pour un étranger d’être l’actionnaire majoritaire d’une entreprise. Il vous faudra donc céder 51 % de vos parts à un local. Mais à qui ? Si le problème est vite réglé pour les couples binationaux, la tache s’avère plus ardue quand on vient à peine de défaire ses valises dans son nouveau pays d’accueil. Ubifrance (pour la création de filiales de groupes français à l’étranger), les chambres de commerce et d’industrie françaises à l’étranger (UCCIFE), les jeunes chambres économiques (JCE), les clubs d’affaires, l’ambassade ou encore les conseillers du commerce extérieur sont autant de relais capables de vous aiguiller. N’hésitez donc pas à les contacter en cas de besoin. Ils sont le meilleur moyen de créer rapidement des réseaux sur place. “Différents services des Ambassades de France dans les pays, ainsi qu’Ubifrance nous ont également bien aidés. Ces réseaux, essentiels en Asie, se construisent patiemment”, souligne Emmanuel Roger, VP Sales Asie Pacifique, du bureau régional de la société Qosmos, à Singapour.

L’appui d’autres entreprises françaises déjà installées peut être très précieux. Ainsi, nos jeunes mamans entrepreneuses, Mélanie et Isabelle, ont profité de l’aide providentielle d’une amie, Sandrine, créatrice de la ligne Subtyl. Et pour cause, le premier magasin Chillikids a ouvert dans un joli coin de la boutique Subtyl. C’est cette opportunité qui a permis aux deux jeunes femmes de “se lancer rapidement, et à moindre frais.”, expliquent-elles.

S’associer avec un partenaire local, la vraie ou fausse bonne idée ?
Créer son entreprise représente toujours un risque financier et à l’étranger, ils sont souvent décuplés. Avoir un partenaire sur place, c’est donc partager avec lui ces risques.  C’est une évidence pour Pascal Bourbon, fondateur de 2b Investment SA, basé à Barcelone. “Ne partez pas seul, trouvez un ou deux partenaires ou associés. Cela permet de démultiplier le temps de travail, les synergies et les connaissances. D’autant plus que, quand ça va mal, il est préférable d’être plusieurs pour affronter les crises…”, conseille-t-il.

S’associer avec un local a bien d’autres avantages. “Pour moi, il est tout à fait naturel de travailler avec une Chilienne. Du point de vue du travail, elle m’apporte un œil chilien. Car même si nous avons plutôt les mêmes goûts, elle connaît, mieux que moi, les penchants de ses compatriotes”, précise Adeline Grange, directrice associée d’Atmosphere, société implantée au Chili. Le partenaire permet de mieux renifler la tendance du marché, mais également de mieux gérer au quotidien les rapports avec les employés locaux. “Dans le travail, la mentalité est bien différente de la mentalité chilienne. Par exemple, aujourd’hui, après deux années d’activités, nous avons 11 employés dans l’atelier. Eduardo [son associé ndlr] m’aide énormément à traiter avec eux”, observe Frédéric Berrone, directeur général associé de Sudamerinox (Chili).

Martine Joly, expert-Comptable et Chartered Accountant (Australie) vous invite cependant à faire très attention à ce type d’association et dépeint d’ailleurs un tableau plutôt pessimiste : “A priori, trouver un partenaire local peut sembler la sécurité, mais c’est un faux semblant de facilité. Tous les cas rencontrés ayant choisi cette solution au départ, ne sont allés nulle part au bout de deux à trois ans maximum, que ce soit pour des raisons administratives de non suivi, commerciales au niveau des droits de distribution, ou, technologiques, en matière d’utilisation de procédés…”.

Que ce soit par volonté ou par obligation administrative, bien choisir son partenaire local est donc primordial. Si les risques sont divisés, les prises de décisions aussi. Il est donc important de partager la même vision de l’entreprise avec son associé. Si beaucoup choisissent de partir à l’aventure avec un ami, pour Bérangère Ligouzat, directrice associée Vittrina (Chili), il est important de “séparer la vie privée et la vie professionnelle.” “Notre association avec Patricia est née, il y a 6 ans, d’une amitié. Résultat, nous sommes toujours amies, mais nous nous voyons moins en famille”, précise-t-elle.

Attention, danger !
Avec ou sans partenaire, la création d’entreprise est une expérience enrichissante et excitante mais peut vite virer au cauchemar si on ne s’est pas assez préparé. Finissons donc sur quelques petits conseils qui pourront vous éviter bien des écueils :
* Partir à l’étranger ne signifie pas repartir à zéro. N’oubliez pas de faire un bilan de vos compétences avant de vous lancer dans un projet vous étant complètement étranger. Une lubie ne peut être la fondation de votre nouvelle entreprise, un commerce quel qu’il soit demande de l’expertise de la part de son propriétaire. Evitez donc d’ouvrir une école de kitesurf à Bali après n’avoir pris que deux heures de cours.
* Passez du temps dans votre nouveau pays d’accueil afin de déterminer la pertinence de la présence de votre nouvelle affaire et les habitudes de consommation de vos futurs clients. “Les entrepreneurs doivent rester réalistes et ne pas penser tout révolutionner en s’implantant ici. Il ne faut jamais perdre de vue que l’on n’est pas chez nous et qu’il faut sans cesse s’adapter”, explique Bruno, architecte à Phnom Penh.
* Entourez-vous, mais pas uniquement d’amis. Dénichez-vous rapidement un avocat et un comptable. Créez-vous un réseau auprès des autres entrepreneurs via notamment les relais français sur place.
*  S’il faut s’intégrer dans son nouveau pays, n’oubliez pas non plus la communauté française. Votre nationalité pourra vous rapporter des clients ! “C’est sûr, le fait d’être déjà connue dans la communauté française a été un avantage, mais j’ai pu capter la clientèle française grâce à une réputation d’honnêteté, de respect et d’efficacité. Aujourd’hui, si mes collègues voient arriver des touristes français, ils me les envoient”, souligne Florence Heilbronn, seule femme au grand bazar d’Istanbul à la tête d’un commerce de tapis.
* N’oubliez pas non plus lepetitjournal.com ! Grâce à la section Bons Plans de ses éditions locales et à ses nombreux lecteurs, rien de plus simple pour faire connaître son entreprise des autres expatriés français et francophones.

Un peu de publicité, beaucoup de réflexion et une bonne dose d’huile de coude, seul ou avec un ou plusieurs partenaires, votre petite entreprise est lancée. Vous n’attendez plus que les clients … Ding Dong … on sonne à la porte …

Published in lepetitjournal.com in january 2011

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