MICHEL GALABRU – Du pain sur les planches

A bientôt 90 ans, Michel Galabru retrouve son public dans l’adaptation théâtrale de La femme du boulanger. Avec plus de 250 films à son actif, quelques chefs d’œuvres et beaucoup de nanars, celui qui ne sait pas dire non, nous fait nous exclamer “bravo”

michel-galabruDepuis mardi, Michel Galabru (photo AFP), 90 ans en octobre, brûle de son aura les planches du Théâtre Hébertot (à Paris) dans La Femme du boulanger. Cette pièce adaptée du film de Marcel Pagnol est comme un retour aux sources pour le comédien qui l’avait déjà jouée en 1985 et mise en scène en 1998. Cette superbe histoire est une manière de se remémorer des souvenirs de jeunesse et son amour pour l’acteur emblématique Raimu.

Une enfance marocaine
Michel Galabru, né au Maroc, se souvient avec émotion de son enfance. “Je n’ai pas à me plaindre. J’ai eu une mère exemplaire, ce qui est merveilleux. Mon père était ingénieur, c’était un milieu relativement aisé. Enfant, j’ai eu au Maroc une vie de rêve que j’ai toujours regrettée. Je n’ai plus jamais retrouvé ce climat. Je me baladais avec un petit âne, il y avait la mer. J’étais élevé par un mahjoub, un homme immense et noir, descendant d’esclaves. Je me souviens de son infinie tendresse”, explique-t-il. Et puis, ce cancre se passionne pour le cinéma : “Quand j’avais 12 ans, on allait voir Raimu, Michel Simon, Fernandel. Des monstres. Je suis un pragmatique. Ce qui est est. À moins d’avoir les yeux plein de cambouis !”.

Celui qui ne sait pas dire non
S’il prodigue aujourd’hui ses conseils à ses élèves, le maître Galabru n’a pas que des succès à son actif, loin de là. Il l’avoue d’ailleurs lui-même dans un roman autobiographique au titre révélateur : Je ne sais pas dire non. Poussez pas grand-père dans les cactus, Y’a un os dans la moulinette, Le mille-pattes fait des claquettes ou encore En cas de guerre mondiale je file à l’étranger, autant de titres de films qui ne marqueront pas les annales du cinéma tricolore. Pourtant, Michel Galabru assume : “Je me risque rarement à un refus pour ne pas fâcher, par désir de plaire et aussi par timidité. Combien de fois j’ai accepté un piètre rôle parce que je n’osais pas dire non ! Comment dire non à quelqu’un qui est en face de vous ? Au cinéma, par nécessité financière on ne dit pas non à un film, à un mauvais scénario. Ah !, j’ai eu le navet facile. Mais un mauvais film ne pue pas davantage qu’un autre.”

Un bel artiste, une vraie nature
L’acteur presque nonagénaire n’a cependant pas à rougir de sa carrière. Populaire notamment grâce à ses rôles dans le Gendarme de St Tropez, Les sous-doués, les Bidasses ou encore Papy fait de la résistance, Michel Galabru est également une force de la nature, et un acteur sincère reconnu par ses pairs. L’acteur a d’ailleurs commencé sa carrière par le Conservatoire, la Comédie Française ou encore le Théâtre national populaire, des références dans le monde du théâtre. Il a également décroché le César du meilleur comédien pour Le Juge et l’Assassin (1976) de Bertrand Tavernier. De son aveu, son plus beau film. “Tavernier m’a pêché alors que je ne m’y attendais pas. J’ai été très honnête avec lui. Je trouvais que Dufilho serait bien mieux que moi et je le lui ai dit. Il n’a rien voulu entendre. J’avais peur de ne pas être à la hauteur. J’allais être en face de Noiret qui avait déjà tourné Le vieux fusil. C’est lui qui m’a encouragé et convaincu. ‘Ne t’inquiète pas, tu y arriveras’, m’a-t-il dit et j’y suis arrivé.”, explique-t-il.

La légende Galabru revient donc sur les planches pour le plus grand plaisir des amoureux de la belle langue de Pagnol. Si des années auparavant, Michel Galabru refusa de faire la pièce en expliquant à l’auteur provençal qu’il n’était “que l’orteil de Raimu”, le public peut aujourd’hui s’exclamer à la vue de sa performance : “quel bel orteil !”.

Advertisements