TIBET – La retraite du dalaï lama

A 75 ans, le dalaï lama est las. Le chef suprême tibétain a annoncé qu’il prenait sa retraite de ses fonctions politiques, laissant la place à un nouveau dirigeant “librement élu”. La Chine ne compte pas le laisser faire

dalailamaLe 14e dalaï lama, Tenzin Gyatso (photo AFP), a annoncé jeudi son intention de renoncer à son rôle politique. Le Prix Nobel souhaite laisser sa place à un nouveau dirigeant “librement élu”. “Mon désir de transmettre l’autorité n’a rien à voir avec une volonté de renoncer aux responsabilités”, a-t-il déclaré dans son discours à l’occasion de l’anniversaire de la rébellion tibétaine de 1959 face à la Chine.“C’est pour le bien à long terme des Tibétains. Ce n’est pas parce que je me sens découragé”, a-t-il précisé.

Pékin ne plie pas
Ce n’est pas la première fois que le dalaï lama évoque son retrait de la politique tibétaine. Agé de 75 ans, le guide spirituel bouddhiste souhaite se recentrer sur son rôle religieux. Le symbole du combat autonomiste tibétain semble las des querelles politiciennes avec une administration pékinoise toujours aussi intransigeante. Après les émeutes tragiques précédant les Jeux Olympiques de Pékin en 2008, le dalaï lama avait reconnu que les négociations avec le pouvoir chinois étaient inutiles. Son approche de la “voie moyenne” n’avait finalement pas eu d’effet autre que la sensibilisation internationale à sa cause. Le Parti communiste a affirmé maintes fois que la porte vers l’indépendance, ou une indépendance voilée du Tibet, n’a jamais et ne sera jamais ouverte.

Icône ou terroriste
Réincarnation du premier dalaï lama né en 1391, Tenzin Gyatso était devenu chef de l’Etat tibétain à l’âge de 15 ans. En exil depuis 1959 à Dharamsala, dans le nord de l’Inde, le dalaï lama est considéré par la Chine comme un dangereux séparatiste, voire un “terroriste”. Chacune de ses visites dans le monde est étudiée à la loupe par Pékin qui n’hésite pas à remettre en question ses relations économiques avec ses partenaires occidentaux, lorsque ces derniers se montrent trop sympathisants à la cause tibétaine. “Dès les années 1960, je n’ai eu de cesse de répéter que les Tibétains avaient besoin d’un dirigeant, élu librement par le peuple tibétain, à qui je pourrai transmettre le pouvoir”, a déclaré le moine. Avant d’ajouter : “Aujourd’hui, j’ai clairement atteint le moment pour mettre ceci en application”. La retraite du dalaï lama et l’arrivée d’un nouvel interlocuteur tibétain ne devraient pourtant pas apaiser les tensions avec Pékin. L’Empire du milieu reste sur ses gardes. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Jiang Yu, a immédiatement qualifié cette annonce de “ruse” destinée à “tromper la communauté internationale”.

La réincarnation rebelle
Cette retraite anticipée du chef de l’Etat tibétain fait craindre à ses fidèles une mort prochaine. Malgré l’opposition des lamas tibétains qui traditionnellement désignent leur guide suprême, l’administration chinoise a déjà annoncé qu’en cas de décès, elle imposerait son propre successeur. Le dalaï lama a rassuré les Tibétains à sa façon : “Si la situation présente du Tibet reste la même, je renaîtrai hors du Tibet, loin du contrôle des autorités chinoises. C’est logique. Le but même d’une réincarnation est de continuer le travail inachevé de l’incarnation précédente. Si donc la situation tibétaine n’est toujours pas résolue, il est logique que je renaisse en exil, pour continuer mon travail inachevé.”

Publié sur Lepetitjournal.com

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