EXPATRIATION – Un tremplin pour la carrière ?

Partir à l’étranger, c’est s’ouvrir sur le monde mais aussi ajouter quelques jolies lignes sur son CV. Que l’expatriation professionnelle soit choisie par manque d’opportunités en France ou proposée par votre hiérarchie, travailler au-delà de nos frontières permet de booster une carrière, si tout va bien…

En 2010, plus de 1,5 million de Français travaillaient à l’étranger, soit un chiffre supérieur de 2,3% par rapport à 2009. D’après une enquête publiée dans le livre S’expatrier en toutes connaissances de cause, de Jean-Luc Cerdin (Editions Eyrolles), les candidats au départ espèrent à 77% que la mobilité internationale leur permettra un “développement professionnel”, en quelque sorte, partir loin, pour viser plus haut.

Être muté pour évoluer
Selon l’enquête de Berlitz International consulting en partenariat avec l’European Relocation Association, 53% des expatriations sont décidées par l’entreprise. Cette proportion devrait être encore plus importante dans les prochaines années puisque 54 % des entreprises à travers le monde prévoiraient une augmentation du nombre de leurs expatriés, afin notamment d’accompagner leur développement à l’international, d’après l’étude Managing Mobility 2010*. Bien qu’imposées, ces expatriations professionnelles ne sont pas vécues comme une contrainte : plus de la moitié des futurs expatriés sont d’ailleurs enthousiastes à l’idée de partir. D’après l’étude réalisée par The Economist Intelligence Unit en partenariat avec Regus, fournisseur de solutions d’espaces de travail, 80% des cadres estiment même qu’une expatriation sur un marché émergent majeur constitue “un véritable tremplin pour (leur) carrière”. L’Asie-Pacifique, le Moyen-Orient, la Chine, l’Inde ou encore le Brésil sont autant de destinations rêvées pour prouver ses aptitudes professionnelles à sa hiérarchie. Mais le ravitaillement en crème solaire ne sera pas forcément nécessaire, la grande majorité des futurs expatriés se retrouveront en Europe, une expatriation plus facile à écourter en cas de problème.

Un peu de dépaysement
L’intérêt pour les salariés mutés à l’étranger réside principalement, d’après l’étude Berlitz International Consulting, dans l’obtention d’un poste plus intéressant qu’en France. Ils sont 77% à apprécier la diversification de leur tâche. Cela ne va cependant pas forcément de pair avec une augmentation de leur salaire ou de leurs responsabilités. Un tiers des futurs expatriés seulement sont sûrs de les voir revaloriser en partant. Mais l’idée de quitter l’Hexagone et d’avoir l’occasion de voyager et d’aller à la rencontre d’autres cultures séduit des salariés qui, contrairement aux idées reçues, ne sont pas obligatoirement expérimentés. 33% des futurs expatriés ont d’ailleurs moins de trois ans d’ancienneté dans l’entreprise. “Alors que les expatriés occupaient traditionnellement un haut niveau dans la hiérarchie, nous voyons désormais des collaborateurs de tous niveaux à l’étranger”, confirme Scott Radford, responsable du centre de mobilité d’EADS.

Les voyages font la jeunesse
Ces jeunes cadres ont d’ailleurs la bougeotte si l’on en croit Paul Lewis, directeur de recherche au sein de The Economist Intelligence Unit : “Certains jeunes cadres prennent même l’initiative de partir, alors que jusqu’ici l’expatriation était plutôt proposée par l’entreprise. Ce goût pour l’expatriation n’est pas sans conséquence sur les rémunérations proposées : la solution traditionnelle du package de l’expatrié tend à diminuer au profit de contrats locaux”. Le traditionnel “package” de l’expatrié, qui place les expats dans l’imagerie populaire dans une caste de “privilégiés”, tend à disparaître au profit d’un contrat “local plus” -un contrat local assorti d’avantages comme des primes de logement ou de scolarité-. Mais cela ne rebute pas ces jeunes salariés pionniers, qui cherchent avant tout à acquérir de l’expérience professionnelle.

tremplin2© moodboard/Corbis

L’auberge espagnole, encore un peu
Face à un marché du travail tricolore un peu morose, de plus en plus de jeunes diplômés décident de prendre leur CV et leur sac à dos et partir décrocher un emploi à l’étranger. “En moins de 10 ans, le pourcentage de personnes qui démarrent leur carrière dans un pays étranger a fortement augmenté. Dans les grandes écoles, cela atteint près d’un quart de la promotion.”, note Manuelle Malot, auteur du Guide du recrutement international (A2C Medias). Mais d’où vient cet engouement de la jeunesse française ? Du programme d’échange universitaire Erasmus ! 55% des futurs expatriés âgés entre 20 et 30 ans, ont, selon Berlitz International Consulting, étudié hors de France. “C’est l’effet Erasmus. Ils ont généralement apprécié leur séjour à l’étranger et souhaitent repartir”, résume Manuelle Malot. “Tous ceux qui s’envolent à l’étranger sitôt diplômés le font par motivation personnelle, pour le fun ou le goût de l’aventure. Comme une prolongation de la vie étudiante”, reconnaît Denis Broliquier, responsable pédagogique à l’Idrac de Lyon.

Plus d’opportunités
L’expatriation dans des pays émergents ou en voie de développement permet souvent aux jeunes recrues d’obtenir rapidement un poste à responsabilités. “On y accède plus vite qu’en France à des responsabilités importantes car l’âge compte moins”, explique Anthony Goudard, manager de 32 ans chez Nestlé en Malaisie. Que ce soit à l’occasion d’un VIE, VIA (volontariat international d’entreprise ou d’administration), d’un Graduate Program (programme de recrutement lancé par les entreprises pour dénicher de jeunes diplômés internationaux), d’une mutation ou d’un emploi trouvé sur place, travailler à l’étranger lorsque l’on a moins de trente ans permet plus de souplesse, ce qu’apprécient souvent les entreprises. “C’est une période (…) où on a peu d’attaches. Plus on attend, moins on a de chances de partir car on construit sa vie en France”, rappelle Manuelle Malot.

L’expatriation, y’a qu’ça d’bon ?
Si l’expatriation apporte une touche d’exotisme à votre CV, attention aux mauvaises surprises! Au-delà des problèmes engendrés par un CV jugé trop “vacancier”,  l’expatriation n’est pas automatiquement synonyme de progression hiérarchique. “Partir pour se dire qu’on reviendra avec un meilleur poste est un leurre, trop peu d’entreprises ont une culture et une organisation pour réellement offrir cette sortie, donc partir pour booster sa carrière avec l’objectif de revenir dans maximum 5 ans à la place de son patron ça n’existe pas. Personne ne vous attend, vous êtes trop loin des centres de décision.”, témoigne ainsi Arnaud, expatrié depuis 14 ans. Créer un réseau à l’étranger c’est bien, mais il ne faut pas oublier d’en maintenir un en France. Il vous sera bien utile lorsque l’heure du retour aura sonné. “S’exposer à l’international reste capital. Mais on peut tout à fait réaliser une belle carrière sans passer d’emblée par la case expatriation”, souligne Jean-Pierre Doly, fondateur du cabinet conseil Doly & Partners. Le baroudeur de l’emploi trop content de quitter sa terre natale pour voir du pays doit également faire attention à ne pas tout accepter pour vivre son rêve. Gérer un supermarché, même en Inde, ne vous sera pas vraiment utile pour postuler à des postes d’ingénieur agroalimentaire. Votre CV doit inclure l’expérience à l’étranger comme un moment charnière de votre histoire professionnelle et non pas comme un chapitre jugé plus tard incohérent.

Prendre des risques
L’expatriation, si elle s’avère très souvent positive professionnellement, est de toute façon une prise de risque. A vous de bien le calculer. Les marchés émergents s’avèrent certainement le choix le plus pertinent pour progresser rapidement professionnellement. Jestin, fraîchement débarqué au Brésil, perçoit déjà les avantages de son expatriation : “Accepter une mutation au Brésil alors que ma femme allait perdre son emploi et que deux de mes enfants étudient en France ne fut pas une décision facile. Mais, au delà d´un (possible) tremplin pour ma carrière, il s´agit là plutôt d´une façon de sortir du “train-train” européen. Le contraste entre le Brésil et l´Europe est saisissant: Le Brésil regarde vers l’avenir où beaucoup d´opportunités sont à saisir, l´Europe a peur du futur et se retourne vers son passé, luttant pour ses avantages acquis.”

Publié sur Lepetitjournal.com

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