AI WEIWEI – Un artiste qui dérange

L’artiste contemporain Ai Weiwei est emprisonné depuis le début du mois par Pékin, qui l’accuse officiellement de “crimes économiques”. La communauté internationale se mobilise pour obtenir la libération  du militant des droits de l’Homme, dont on n’a plus de nouvelles

aiweiweiDe nombreuses manifestations ont eu lieu dimanche (à Hong Kong, Berlin, Londres …) pour demander la libération de l’artiste dissident Ai Weiwei (photo AFP), arrêté par la police chinoise le 3 avril dernier à son arrivée à l’aéroport de Pékin. Le gouvernement chinois l’accuse de “crimes économiques”. Selon le quotidien hongkongais Wen Wei Po, le plasticien n’aurait pas payé ses impôts et fait disparaître des documents incriminants. “Je ne pense pas que ce soit la raison pour laquelle ils l’ont emmené. Ai Weiwei n’est pas un criminel, c’est un artiste en quête de justice”, a affirmé la veuve du poète Ai Qing, ayant lui aussi eu des problèmes avec le régime communiste avant d’être réhabilité.

Un artiste provocateur
Ai Weiwei, 57 ans, est l’un des artistes majeurs de la scène contemporaine chinoise. Connu mondialement pour ses œuvres monumentales, comme le stade Nid d’oiseau des J.O de Pékin ou les millions de graines de tournesol en porcelaine exposées à la Tate Modern de Londres, l’artiste complet –architecte, plasticien, sculpteur, photographe- se plaît à provoquer le régime. En 1995, sa photographie Study in Perspective (Tiananmen), le présentait en train de faire un doigt d’honneur à la Cité interdite. Au-delà de ses œuvres, l’artiste n’a jamais craint d’exprimer son opinion publiquement, quitte à s’attirer les foudres du régime. Ai Weiwei avait ainsi accusé les dirigeants chinois d’être des “gangsters” et qualifié le régime communiste “d’inhumain”. Ce fervent défenseur des droits de l’Homme était en résidence surveillée pendant trois mois à la fin de l’année 2010 et n’avait pas pu se rendre en décembre à Oslo pour la remise du prix Nobel de la paix au dissident chinois emprisonné pour “subversion” Liu Xiaobo. Son atelier situé près de Shanghai avait été rasé en janvier dernier, sa construction étant jugée illégale. Pourtant, le lieu aurait été construit à la demande des autorités.

Un dissident gênant
Alors que le printemps arabe faisait des émules sur la toile et que certains internautes chinois envisageaient déjà une “révolution du jasmin”, Pékin a décidé de prendre les devants en arrêtant des dizaines de dissidents depuis février. “Cette société n’a aucune créativité, elle ne repose que sur du travail mal payé et sur un strict contrôle policier. Combien de temps cela peut-il durer? Internet est le meilleur cadeau fait à la Chine, ce genre de technologie fera tomber ce genre de dictature”, soulignait Ai Weiwei, il y a quelques mois. Cet artiste bien trop connu en Occident et trop écouté par les Chinois – son blog était l’un des plus lus dans l’Empire du milieu -, a finalement été muselé comme tant d’autres.

Liu, Ai, la communauté internationale
A l’instar du cas très médiatique de Liu Xiaobo, la communauté internationale se mobilise pour Ai Weiwei, au grand dam de Pékin. Les Etats-Unis, la France ainsi que le reste de l’Union européenne s’inquiètent du sort réservé à l’artiste dont on n’a toujours pas de nouvelles. La secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton a ainsi fait part de la “grande préoccupation” de Washington alors que des “dizaines” d’avocats, écrivains, intellectuels et militants ont été “arrêtés de manière arbitraire” en Chine. Les conservateurs de plusieurs grands musées aux Etats-Unis, en Europe et en Asie, ont lancé une pétition pour la libération de l’artiste, qui a déjà récolté plus de 90.000 signatures. D’autres manifestations devraient également être organisées devant les ambassades de Chine un peu partout dans le monde, comme ce fut le cas ce weekend.

Les arrestations d’Ai Weiwei et d’autres militants des droits de l’Homme avaient pour but de faire taire les voix qui s’élèvent contre le régime communiste chinois. Ces arrestations leur ont donné une résonance internationale.“Si tout le monde pouvait critiquer un peu, alors je ne serais plus en danger”, déclarait l’artiste, qui pressentait la revanche du régime. Il semblerait qu’il ait été entendu.

Publié sur Lepetitjournal.com

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