SERBIE – En route vers l’Union européenne

Grâce à l’arrestation de Ratko Mladic, la Serbie a fait un bond en avant dans sa demande d’adhésion à l’Union européenne. Certains parlent même d’une arrivée dans l’espace européen dès 2014, mais si un obstacle est franchi, d’autres sont encore bien présents  

serbie-ue(photo AFP)

L’inculpation jeudi dernier de Ratko Mladic, chef des Serbes de Bosnie, accusé entre autres de “génocide” et de “crimes contre l’humanité” lors de la guerre de Bosnie est une véritable bouffée d’air frais pour la candidature serbe à l’U.E.

Une arrestation primordiale
La cavale depuis 1995 du boucher des Balkans, Ratko Mladic, était l’un des obstacles, si ce n’est le plus important, à l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne. Le Tribunal  pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a en effet longtemps accusé Belgrade de ne pas être assez volontaire dans sa recherche du criminel de guerre. Son arrestation la semaine dernière a provoqué la joie des dirigeants européens, qui comme Nicolas Sarkozy, ont souligné qu’“une étape vers l’intégration de la Serbie à l’Union européenne” venait d’être franchie. Le procureur du Tribunal pénal international pour l ‘ex-Yougoslavie (TPIY), Serge Brammertz, a également indiqué que les autorités serbes venaient de remplir “une de ses obligations internationales”. Il ne reste plus qu’un seul criminel de guerre, impliqué dans les guerres d’ex-Yougoslavie et encore aujourd’hui en fuite, Goran Hadzic, l’ancien chef politique des Serbes de Croatie, mais sa recherche a bien moins d’impact politique que celle de Ratko Mladic.

Une adhésion qui n’est pas automatique
La Serbie avait déposé sa demande d’adhésion à l’Union européenne fin 2009. Belgrade espère donc pouvoir obtenir le statut de candidat d’ici à décembre. Ses ressortissants peuvent déjà circuler librement dans l’espace Schengen, depuis le dépôt du dossier serbe. La Serbie avait également signé un accord en décembre 2009 de libre-échange avec les 27 membres de l’Union, une manière d’anticiper son arrivée dans l’espace économique européen. La Serbie a déjà rempli bon nombre de conditions imposées par les 35 chapitres du processus d’adhésion (Etat de droit, démocratie, économie de marché concurrentielle). Mais le Premier ministre des Pays-Bas, Mark Rutte, a précisé que l’arrestation de Ratko Mladic ne signifiait “pas automatiquement l’adhésion”, une position reprise par le président serbe Boris Tadic. Interrogé par France 24, il a ainsi déclaré : “Nous avons clos ce chapitre avec Ratko Mladic pour nous-mêmes et non pas pour (en faire) une monnaie d’échange quelconque”.

D’autres obstacles à franchir
La Serbie, dont les revenus moyens par habitant sont équivalents à seulement 40 % de la moyenne européenne, attend beaucoup de cette adhésion à l’UE. Elle devra cependant faire face à d’autres obstacles avant de voir ses représentants siéger à Bruxelles, au rang desquels la lutte contre la corruption et l’établissement de meilleures relations diplomatiques avec le Kosovo. “Pour l’instant, nous avons un dialogue avec Pristina, nous travaillons très dur dans cette direction, mais cela ne veut pas dire que la Serbie va reconnaître l’indépendance du Kosovo”, a souligné le président serbe. Les observateurs européens projettent cependant que l’adhésion de la Serbie à l’UE pourrait avoir lieu dès 2014. Son voisin croate, en phase finale du processus, devrait la précéder de deux ans. Ces deux nouvelles nations-membres de l’Union européenne pourraient ouvrir la voie à d’autres pays des Balkans comme la Macédoine, le Monténégro, le Kosovo et la Bosnie-Herzégovine.

Des manifestations pro-Mladic
10.000 militants du Parti radical serbe (SRS) ont manifesté dimanche soir dans le centre de Belgrade pour dénoncer l’arrestation de Ratko Mladic, qu’ils qualifient de “trahison”. Si le cortège s’est globalement exprimé dans le calme, les forces de l’ordre ont dû maitriser quelques jeunes gens qui leur jetaient des pierres. Ratko Mladic, qui devrait être transféré aujourd’hui ou demain à La Haye, où l’attendent les enquêteurs du TPIY, a assuré, d’après des propos rapportés par son fils Darko, qu’il n’avait “rien à voir” avec le massacre de Srebrenica, en Bosnie. Le “boucher des Balkans” est notamment inculpé pour génocide par la justice internationale, pour avoir organisé le massacre en juillet 1995 de 8.000 musulmans dans cette ville de Bosnie.

Publié sur Lepetitjournal.com

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