COUPLES BINATIONAUX – Comment s’y prendre ?

Trouver l’amour à l’étranger, il n’y a rien de plus beau. Pourtant, être avec quelqu’un d’une culture tout autre, si c’est clairement un enrichissement, ce n’est pas tous les jours la Saint-Valentin. Couple mixte : divine idylle ou vrai casse-tête ?

Young couple© Darren Kemper/Corbis

On comptait en France, en 2006, 88.550 mariages mixtes dont  50.240 célébrés à l’étranger. Les expatriés français sont donc nombreux à rencontrer leur âme sœur ailleurs sur la planète. Parler d’histoires d’amour dans des contrées lointaines, cela fait toujours rêver, mais la réalité est-elle tout aussi idyllique ? Loin de là …

Une histoire d’amour compliquée
Tomber amoureux de sa tendre moitié à l’autre bout du monde –ou même de l’autre côté de la frontière -, présente les mêmes difficultés que n’importe quelle autre histoire d’amour, à la seule différence près que la logistique est tout de même un tout petit peu plus complexe. Vivre avec quelqu’un issu d’une autre culture, d’une autre religion et/ou qui n’a parfois pas la même langue maternelle, complique forcément les choses. “Provenant de deux milieux complètement différents, il y a eu de nombreux compromis d’ordre culturels. Ma famille avait, et continue d’avoir, des attentes. Mes parents sont très conservateurs. Je suis Singapourienne, d’origine Indonésienne et de confession musulmane. Ainsi, je joue souvent un rôle de médiatrice entre les attentes de ma famille et celles de mon époux.”, nous confie Hidayah, mariée à un Français (Singapour). “Je suis mariée en Grèce depuis plusieurs années et ce n’est pas facile tous les jours, la mentalité et leur façon de vivre est différente de la nôtre….”, acquiesce Isabelle. A Caroline, en couple avec un Cambodgien de renchérir : “La gestion des différences culturelles s’ajoute aux autres difficultés que peut rencontrer n’importe quel couple. C’est la contrepartie de toute la richesse de cette mixité”. Ce sont d’ailleurs souvent sur des petits détails d’ordre trivial mais pourtant si importants que le couple a du mal à accorder ses violons. Marjorie, en couple avec un Allemand, note ainsi que la plus grosse différence entre son compagnon et elle reste la nourriture. “Je déteste les Knödel ou les Spätzle, par exemple, alors que lui adore en manger”, explique-t-elle.

Plus on habite loin de la France, plus cela semble difficile. Rester avec l’être aimé demande alors certains sacrifices, comme s’éloigner de ses proches. “Faire l’effort de vivre à l’étranger est d’autant plus gérable si le pays d’origine est proche et facile d’accès pour les fameux voyages en famille et le mélange culturel. Vivre très loin de chez soi correspond à un vrai renoncement du réseau social (même si internet contribue énormément à faciliter la communication).”, avoue Odile. “Je vois d’autres mariages où l’épouse ou l’époux a toujours de la famille et doit retourner en France tous les ans ou tous les deux ans. Pour moi c’est trop cher, trop loin et trop coûteux en heures, jours et semaines!”, souligne Peter (Australie).

Le fruit de cet amour
Et puis, il y a les enfants aussi. Quel prénom leur donner ? Trouver un nom propre à une des deux cultures ou bien un qui fasse le lien entre les deux ? Dans quelle langue doit-on leur parler ? Quelle religion sera la leur ? Les sociologues auteurs de Liberté, égalité, mixité … conjugales, révèlent que la mère transmet plus souvent sa propre langue et sa religion à ses enfants que le père.

Dans le cas où les partenaires d’un temps se séparent, la situation peut vite virer au cauchemar, notamment pour des couples déchirés entre la France et la Russie ou le Japon, où les mères ont souvent tous les droits. “Quand autant de kilomètres séparent l’enfant du parent resté en France, ce n’est pas évident pour exercer le droit de visite et d’hébergement”, explique la Défenseure des enfants, Dominique Versini. Pour parer à ces tragédies, la France a pris les choses en main en dotant son ministère de la Justice d’un service de médiateurs internationaux, conçu spécialement pour les couples binationaux faisant l’expérience d’une séparation douloureuse.

L’amour qui ouvre les yeux
Mais toutes ces difficultés ont également leur heureux revers de médaille : le partage d’un amour malgré les différences, une ouverture d’esprit sans pareil. “Quand ça va bien, il y a l’extraordinaire satisfaction d’acquérir une culture binationale. Cette faculté de porter un regard nuancé sur n’importe quel sujet, bien différent des réflexes et préjugés nationaux. Et surtout, le plaisir de voir ses enfants grandir avec cette culture internationale ouverte. D’où l’importance aussi de vivre son couple international comme un échange et un partage, et de ne pas attendre de sacrifice de l’autre”, s’enthousiasme Silvio.

Vivre une histoire d’amour avec un local, c’est l’assurance de mieux vivre son expatriation, de pouvoir s’intégrer plus facilement dans son pays d’accueil. “Cette union est une immersion totale dans une autre culture. Cela implique une adaptation à la fois aux usages asiatiques et aux traditions musulmanes. C’est un apprentissage de vie qui n’est décrit dans aucun livre et qui demande une ouverture d’esprit, une tolérance et une sensibilité constant”, assure Olivier, en couple avec Hidayah, citée précédemment (Singapour). “Notre réussite nous la devons à notre caractère : nous voyons le côté positif des différences au lieu d’être négatifs. D’ailleurs nous estimons que nous avons un avantage par rapport aux couples non mixtes : une double vision sur tout, un regard plus large. Et, par conséquent, nous sommes plus souples et tolérants”,  avisent sagement Antonio et Marie-Evangéline (Italie).

Laissez faire Saint-Valentin !
“Quand l’amour y a, tout va”, pourraient chanter ces couples d’un autre genre. Les petits soucis d’ordre “technique” après tout, n’ont besoin que d’un peu d’astuce (et beaucoup de compréhension) pour paraître bien secondaires. Il faut “être patient et réfléchir deux fois avant de parler : un malentendu est si vite arrivé ! Il faut être curieux de la culture de l’autre : apprendre sa langue ou au moins quelques mots, l’histoire du pays par exemple aide à comprendre l’autre. Le respect est une notion clé”, avertit Benjamin, Français qui file le parfait amour avec une Sud-Africaine. Pour ce qui est de la langue, il suffit de laisser faire notre ami Saint-Valentin dont c’est la fête aujourd’hui. Comme le confirme Lise, Allemande en couple avec un Français, pour ce qui est des sentiments, “peut-être que c’est sans parler qu’on les exprime encore le mieux, finalement”.

Published in lepetitjournal.com february 2011

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