LOBSANG SANGAY – L’avenir du Tibet

Un juriste de 43 ans est devenu le nouveau Premier ministre du gouvernement tibétain en exil. Lobsang Sangay a désormais la lourde tâche de faire oublier le dalaï lama et obtenir l’autonomie du Tibet

lobsang-sangayA 9H09 et 9 secondes, Lobsang Sangay (photo AFP) a remplacé, lundi 8 août, le dalaï lama dans ses fonctions de représentant politique de la cause tibétaine. Le nouveau Premier ministre du gouvernement tibétain en exil a prêté serment, lors d’une cérémonie présidée par le guide spirituel tibétain, dans le temple Tsuglagkhang, le centre spirituel de Dharamsala, une ville du nord de l’Inde, où le gouvernement en exil est basé.

Le poids de la succession
Le dalaï lama, 76 ans, avait pris sa retraite politique en mars dernier. Le 14e guide spirituel tibétain, Tenzin Gyatso, avait décidé de transmettre ses responsabilités politiques – toutes symboliques soient-elles –à un responsable politique élu et ayant des pouvoirs élargis. “Mon désir de transmettre l’autorité n’a rien à voir avec une volonté de renoncer aux responsabilités”, avait-il déclaré dans son discours à l’occasion de l’anniversaire de la rébellion tibétaine de 1959 face à la Chine. “C’est pour le bien à long terme des Tibétains. Ce n’est pas parce que je me sens découragé”, avait précisé le symbole à l’étranger de la cause tibétaine. La personnalité du prix Nobel de la paix est tellement associée à la lutte de ce peuple “colonisé” par la Chine, que certains craignaient que sa mort ne fasse sombrer dans l’oubli le combat entrepris depuis la fin des années 1950.

Un successeur inattendu
Lobsang Sangay, juriste de 43 ans, a été élu fin avril face à deux autres candidats. Il est la première personnalité non-religieuse à prendre en charge l’avenir du peuple tibétain. Né dans un camp de réfugiés dans le nord de l’Inde, de parents tibétains ayant fui leur pays en 1959, Lobsang Sangay n’a jamais vécu au Tibet et ne s’y est jamais rendu. Sa thèse de droit international sur les droits de l’Homme au Tibet, rédigée suite à ses études à New Dehli et à Harvard, a été déterminante dans son élection. Son parcours et son éloignement des fonctions religieuses présentent également le double avantage de le rapprocher des préoccupations des nouvelles générations de Tibétains en exil et de lui apporter une stature plus officielle face à des autorités chinoises souvent moqueuses de la prédominance du sacré dans les décisions politiques tibétaines.

Un apaisement des relations sino-tibétaines ?
Alors que le dalaï lama est considéré par Pékin comme un “terroriste” après avoir manigancé une révolte populaire ayant entraîné la mort de soldats chinois en 1959, la nomination d’un inconnu en charge des revendications politiques pourrait apaiser les relations entre les deux camps. Lobsang Sangay s’est engagé à soutenir le mouvement “jusqu’à ce que la liberté soit restaurée au Tibet”, affirmant que la lutte n’était pas “contre le peuple chinois ou la Chine en tant que pays”. “Notre lutte est contre la politique radicale du régime chinois au Tibet (…), contre ceux qui refuseraient la liberté, la justice, la dignité et l’identité même du peuple tibétain”, a-t-il déclaré. Avant d’ajouter : “Nous sommes une démocratie qui ne fera que se renforcer au fil des ans et nous sommes là pour durer. Il n’y a pas de “socialisme” au Tibet. Il y a du colonialisme. L’administration chinoise au Tibet est clairement injuste et intenable”. Le nouveau Premier ministre tibétain a cependant assuré ne pas vouloir l’indépendance de son pays. Suivant la formule de la “voie moyenne” voulue par le dalaï lama, il militera sur la scène internationale pour que la Chine accorde une “autonomie significative” au Tibet, qui restera sous administration chinoise. “Nous souhaitons avoir un dialogue et des négociations avec les Chinois. Alors nous avons tendu notre main et nous attendons qu’ils tendent la leur”.

Publié sur Lepetitjournal.com

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