MARIAGE GAY – Militer pour (se) dire oui

Un mariage entre deux homosexuels a été célébré samedi dernier dans les Pyrénées-Orientales. Une union symbolique qui relance le débat sur sa légalisation à l’approche des présidentielles

mariage_gay(photo AFP)

Patrick, 48 ans, et Guillaume, 37 ans, se sont dit “oui”, samedi, à Cabestany (Pyrénées-Orientales). Le maire communiste de la ville, Jean Vila, les a unis dans la salle des fêtes de cette commune de 9.000 habitants.

Un mariage symbolique
L’élu PC n’a pas inscrit cette union au registre de l’état-civil et l’acte de mariage et le livret de famille portent la mention “ce document n’a malheureusement pas de caractère officiel, la loi interdisant aujourd’hui le mariage entre personnes de même sexe, mais marque la volonté de la municipalité de voir la loi évoluer”. Jean Vila, également vice-président du conseil général des Pyrénées-Orientales, a souligné qu’il avait reçu un appel du parquet de Perpignan lui demandant de renoncer à la célébration.”Je fais les choses légalement”, a-t-il déclaré à l’AFP. Le maire a appelé ses homologues à multiplier les unions de ce genre, afin que cet acte militant fasse de la légalisation du mariage homosexuel, un des thèmes de débat de la campagne présidentielle de 2012. “L’acte militant qu’ensemble nous avons décidé, personne ne pourra l’effacer, il doit être le début d’un nouvel espoir”, a-t-il lancé.

Un débat qui divise
“Même si cette union n’a aucune valeur juridique”, elle “met en danger un pilier essentiel de notre modèle sociétal, dans un monde déjà déboussolé qui a besoin plus que jamais de repères stables”, martèle Christine Boutin. La présidente du Parti chrétien-démocrate (PCD) ajoute : “le premier devoir du maire est de respecter et faire respecter la loi et non de jouer avec les symboles et l’émotion”.
“Je ne l’aurais pas célébré, parce que ce n’est pas la meilleure façon de faire avancer la cause. Mais je vous redis mon engagement que beaucoup connaisse pour que le mariage soit ouvert au couple de même sexe”, réplique la ministre des Solidarités, Roselyne Bachelot.
Cet appel “est une provocation électoraliste à la veille des élections présidentielles et il est inacceptable d’utiliser le pouvoir conféré par la loi pour la détourner”, déclare cependant la secrétaire d’Etat à la famille, Claude Greff.

L’Interassociative lesbienne gay, bi et trans (Inter-LGBT) a fustigé cette déclaration et dénonce le blocage politique de la majorité “alors que les Français y sont favorables”.
“Cette célébration, même symbolique, participe au nécessaire questionnement sur la discrimination qui existe en France”, explique Caroline Mécary, avocate en droit de la famille qui milite pour la légalisation du mariage gay et qui aurait aimé que le maire de Casbestany aille jusqu’au bout de sa démarche.
“Des mariages symboliques, on peut en faire des tonnes, mais si on s’en tient à ces cérémonies d’opérette on ne fait pas avancer le droit. Ceci étant, je n’ai pas à me faire l’arbitre des élégances pour dire qui est plus courageux que qui…”, souligne aussi Noël Mamère, maire de Bègles (Gironde), qui avait célébré en 2004, le premier mariage gay en France. Ce dernier avait été annulé peu après par la justice.

Légalisation pour 2012 ?
L’Islande, le Canada, l’Espagne ou encore l’Argentine autorisent déjà le mariage homosexuel. Aux Etats-Unis, alors que certains Etats unissent déjà des partenaires du même sexe, le Congrès pourrait voter prochainement en faveur de la légalisation fédérale. Le Premier ministre britannique, David Cameron, a annoncé qu’il était, lui aussi, “en train de consulter en vue de légaliser le mariage gay” outre-Manche. Bien que contre l’homoparentalité, certains proches du président Sarkozy murmurent qu’il pourrait se positionner en faveur du mariage gay lors de la campagne présidentielle. Les militants français espèrent de toute façon que la légalisation soit effective dès 2012, suite à une possible victoire des socialistes aux prochaines législatives. Le PS avait en effet déposé un projet de loi visant à inscrire le mariage entre personnes de même sexe dans la législation française. Celui-ci a été rejeté en juin par l’Assemblée nationale, la plupart des députés de droite ayant voté contre.

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