EXPAT – L’expatriation leur monte à la tête

Partir vivre à l’étranger peut être grisant. Plus de responsabilités, une vie confortable, un statut privilégié, autant de raisons de perdre pied avec la réalité locale, voire de se sentir légèrement supérieur. Comment prendre le melon à la sortie de l’avion ? ou quand “expatriation” rime avec “pétage de plomb” …

Chaleur tropicale, sentiment d’isolement ou d’impunité, facilités financières, lourdes responsabilités professionnelles, il n’est pas rare que l’expatriation se révèle un cocktail explosif pour certains. Loin de leurs repères, ils finissent par changer : comportements à risque, manque de respect envers les locaux, vie sexuelle débridée, investissements financiers intempestifs…  au grand dam de leurs proches.

Woman Rejecting a Tray of Chocolates© Jack Hollingsworth/Corbis

Pas comme à la maison
Fraîchement débarqué de la grisaille hexagonale, l’expatrié professionnel et sa petite famille doivent faire face à une réalité bien différente de celle qu’ils connaissaient. L’expatrié acquiert souvent un poste avec plus de responsabilités, caractérisé par plus de devoirs, certes, mais surtout plus de “pouvoir”. Le subordonné devient manager. Le manager d’hier préside aujourd’hui. Si le choc est souvent des plus agréables, car facilité par un mode de vie supérieur à celui vécu en France, le fossé se creuse avec la population locale, qui n’a pas forcément accès aux mêmes privilèges. Son train de vie lui permet d’expérimenter d’autres loisirs, de goûter à d’autres plaisirs et de voyager confortablement dans la région. Fini le Formule 1 de Melun, vive le resort 5 étoiles avec vue sur une plage de sable fin. “On ne passe pas un week-end prolongé à la maison: C’est en dessous de tout! il faut tout de suite partir en voyage, plage & hôtels de luxe, loisirs onéreux (plongée ou ski), vols aux 4 coins de la planète… Les budgets sont faramineux!”, raconte Sylvie de Singapour.

Pas comme les autres
En fonction du pays d’accueil, l’expatrié, au look occidental, sort plus ou moins du lot. Bien dans le moule en France, le voici pris à partie. Sa peau blanche, ses yeux d’une couleur inhabituelle ou son apparence vestimentaire, autant de raisons pour la population locale de le remarquer et de lui faire savoir. Cette popularité soudaine peut vite lui faire prendre la grosse tête. “A force d’être montré du doigt comme l'”étranger” et le plus souvent d’une manière positive, on perd vite pied et il faut un certain temps pour se rendre compte que l’on n’est en rien “spécial” mais juste différent”, explique ainsi Jo du Vietnam. Ce boost à l’égo peut s’avérer dangereux pour les couples d’expat.“En Roumanie, j’ai vu de nombreux couple arriver avec des enfants, puis la femme et les enfants repartir en France, alors que l’expatrié s’installe avec sa secrétaire”, note Didier.

Une question de standing
Installés et intégrés au sein de la communauté française sur place, de nombreux expats ressentent également la pression du groupe. Il faut posséder au moins autant, si ce n’est plus, que ses nouveaux amis. “Les femmes entre elles sont très dures, alors a l’étranger, ne m’en parlez pas. Si vous n’avez pas le chauffeur, le jardinier ou bien encore la cuisinière sans parler de la femme de ménage, il est compliqué de faire partie du “réseau”.  Trop d’expats repartent les poches vides. Pour cultiver le réseau, vous invitez du monde, qui vous a déjà invités avec traiteur etc… Cela revient vite cher…”, confirme François.

Pour conserver ce standing, la famille s’entoure de locaux qui doivent tout faire pour satisfaire la famille. “L’expatriation monte à la tête et on attend de tous qu’ils se plient à nos désirs: maid, chauffeur de taxi, secrétaire,…”, confesse également Sylvie. Le personnel de maison n’est parfois pas traité d’égal à égal avec ses employeurs. Didier raconte ainsi l’histoire d’un expatrié dont la “conjointe se fait appeler “madame la présidente” par sa femme de ménage alors qu’elle ne travaille pas”.

Complexe de supériorité
“Combien faut-il de Français pour visser une ampoule ?”. Réponse : “Un seul, pour tenir l’ampoule : il croit que le monde tourne autour de lui !” Comme souvent en humour, cette devinette a son petit fond de vérité. Si la comparaison entre plusieurs cultures est obligatoire lorsque l’on vit à l’étranger, le dédain exprimé par des Français envers les locaux et les autres communautés d’expatriés est plus fréquent qu’on ne pourrait le croire. Nombre d’expatriés s’intronisent en effet “Roi borgne du Royaume des aveugles”. Michel raconte son arrivée en Crète : “J’ai voulu, pour garder le contact avec la France, créer des contacts avec des français expatriés…. et me suis donc ouvert aux francophones accessibles soit dans le secteur, soit par internet… Dans 95% des cas, ce fut l’horreur : des “épaves” françaises réfugiées ici, buvant et étalant des mœurs choquantes, des “mégalomanes” imbus d’eux-mêmes et qui voulaient imposer aux autochtones leurs manières de penser, sans aucun respect pour l’identité crétoise VRAIE de laquelle ils auraient tant à apprendre…”

Il suffit de se balader sur les forums alimentés par les expatriés pour se rendre compte que de nombreux expats ressentent ce complexe de supériorité envers leur nouveau pays de résidence et ses habitants. Ainsi sur un site consacré au Japon, on peut lire : “j’ai effectivement ressenti une certaine supériorité des millions de fois au Japon. Par exemple, quand je lave mon linge en France, après il est propre. Et quand je le mets dans mon sèche-linge, en 40 minutes il est sec. Pas au Japon. Pourquoi ? Parce qu’au 21è siècle, les japonais ont TOUJOURS PAS compris que l’eau chaude ça lavait mieux que l’eau froide !!!! Donc ça va, on invente des robots qui marchent tout seuls et qui serrent la main du premier ministre, on fait les malins avec des téléphones portables qui reçoivent la télévision, mais sur des trucs de base, les mecs SONT A L’OUEST !!!”.

Une mauvaise image de la France à l’étranger
Cette assurance égo –voire ethno- centrique de certains expats ne concerne peut-être qu’une infime partie de la population française à l’étranger. Pourtant, inutile de le rappeler, chaque titulaire de la carte d’identité nationale représente son pays aux yeux des locaux dès la frontière dépassée. Au même titre qu’une star du grand écran ou qu’une Miss France, il se doit de faire meilleure figure possible. Comme le souligne Michel, “l’expatriation est un choix bien mûri pour ceux qui veulent  remplir leur mission avec la plus grande dignité et respecter le pays où ils se posent et enfin ne pas oublier que nous représentons notre pays d’origine donc là aussi montrons une bonne image. C’est la seule façon de réussir son intégration pour ceux qui comprennent le vrai sens du mot mais certains de nos représentants politiques en France jouent avec ce mot ‘ intégration ‘ sans en connaître ce qu’il représente réellement pour l’individu qui se respecte dans le pays d’expatriation”.
Véronique renchérit : “malheureusement on peut parfois le constater et cela donne une image déplorable du pays d’origine aux locaux dont souffrent tous les autres catalogués dans la même catégorie que tous ceux qui se “la jouent grave”!”

Redescendre sur terre
Pour Benoit, l’arrogance de certains expats est symptomatique d’une mauvaise gestion de la mobilité internationale de certaines entreprises. “Bien évidemment que la plupart des expats se la jouent grave, ils ne choisissent pas un pays on leur propose un gros salaire avec de bonnes conditions. La culture du pays rien à faire, c’est aussi le problème des sociétés qui ne font pas leur boulot d’intégration des expats. Ils devraient passer un examen afin de connaitre les” bases” du pays ou ils vont être expat.”, conseille-t-il.
Pour dégonfler le melon, rien de mieux en effet qu’un peu d’ouverture d’esprit. Et cela passe forcément par la découverte de la vie locale au-delà des clichés et via l’aide de la population du pays d’accueil. Michel nous explique ainsi qu’il passe beaucoup de temps avec ses amis crétois : “je me suis intégré dans la population de l’île, explorant leur passé si riche à tous points de vue et y faisant des découvertes en cours de diffusion si bien qu’ils m’ont même donné un nom crétois… sans toutefois accepter toutes leurs valeurs dont certaines discutables… et nous en discutons librement et sereinement”.
“L’expatriation c’est vraiment très bien si, on ne prend pas la grosse tête (train de vie de luxe), (…) si on s’intègre au maximum avec les locaux qui, je n’en doute pas, vous feront voir la vraie face cachée de leur beau pays”, témoigne François.

“S’éloigner du soi, pour aller vers l’autre”, il n’y a certainement pas de plus belle définition pour le mot “expatriation”.

As published in lepetitjournal.com in march 2012

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