EXPAT EN SOLO – Liberté ou fardeau ?

Certaines expatriations ne permettent pas à la famille de suivre celui ou celle qui part travailler à l’étranger. Cela peut aussi être un choix personnel. Mais comment vit-on ce si grand bouleversement quand on n’est plus entouré de ceux que l’on aime ?  Vent de liberté ou poids de la culpabilité ?

La mobilité géographique peut être un atout pour la carrière. Que l’on soit célibataire, en couple ou en famille, aller vivre et travailler à l’étranger, surtout si l’on part seul, implique un profond bouleversement dans sa vie privée.

Businessman walking through hall© Alessandro Ventura/beyond/Corbis

Les vrais célibataires…
Selon une étude menée par TNS Sofres (mai 2005), 23% des expatriés sont célibataires. Ces aventuriers de l’expatriation débarquent dans un pays inconnu sans partenaire amoureux pour les épauler. “Partir en célibataire vous expose à des moments de solitude et de spleen. Certains peuvent même sombrer dans l’alcoolisme à force de chercher à tout prix à sortir avec des amis le soir pour ne pas se sentir seul”, souligne Claudie Bert, journaliste et auteur de S’expatrier en famille (Village Mondial, Pearson Education France – 2005). Une solitude partagée par Joël de Bangkok : “Quand j’ai débarqué pour la première fois en Thaïlande, je ne connaissais personne. J’ai redoublé d’effort pour me faire des amis au plus vite et m’intégrer au mieux. Mais une fois la porte de mon petit studio refermée, j’étais à nouveau seul avec mes doutes et mes angoisses”.

Mais partir sans connaître qui que ce soit a également ses avantages. “Partir en célibataire permet d’être pleinement ouvert aux découvertes et de se mêler plus volontiers aux gens du pays.”, explique Claudie Bert. Danielle nous raconte son expérience en Turquie : “Fraîchement retraitée, je suis partie seule en Turquie en 2006 et n’ai pas eu de problème majeur. Je connaissais le pays pour y être allée souvent en vacances et je parlais un peu la langue turque, cela facilite l’intégration. Bien sûr, mes amis et ma famille me manquent mais je trouve dans ce pays une douceur de vivre que je n’avais pas à Paris intra-muros. Certes, le téléphone pas cher (jumblo etc…) et internet aident lorsque l’ennui se fait sentir”.  “Il faut apprécier la solitude, ne pas se frustrer si les hommes européens vous ignorent superbement et se précipitent vers les asiatiques (en fait , ils ne vous ignorent pas du tout pour les discussions et amitié durable) Il faut se construire une vie autour de ses propres valeurs, aimer être différente et l’assumer”., ajoute Isabelle de Thaïlande.

Etre une femme seule peut cependant poser quelques problèmes dans les pays où les droits des femmes sont plus que restreints. “Autant le dire tout de suite être seule en Arabie Saoudite est LE problème. En fait vous ne pouvez rien faire sans l’aval d’un homme (père ou mari, on ne parle même pas de concubin !). La pression religieuse est telle qu’une femme on se demande même pas si elle a une âme mais si elle existe tout simplement. Chez les expatriés aussi une femme seule c’est louche surtout pour les femmes d’autant que leur mari n’a aucun échappatoire ailleurs alors même si on ne l’était pas avant on devient hyper/super/ultra féministe mais on se tait”, témoigne Hale à notre partenaire FemmExpat. Mais rien n’est insurmontable comme le précise Mina : “En Indonésie être seule, femme et occidentale attire les convoitises il ne faut pas se le cacher. Il suffit de rester professionnelle, respecter les us et coutumes et après tout est affaire de bon sens. Dans le milieu professionnel lever les ambiguïtés, pour moi c’était facile puisqu’ officiellement “engaged”. Ma “prédécésseceure” a trouvé l’homme de sa vie là bas comme beaucoup de mariages qui se font sur le lieu de travail”.

… et les célibataires géographiques
De nombreux expatriés professionnels laissent leur famille en France. Selon l’étude L’impact du conjoint et de la famille sur l’adaptation des cadres
Expatriés (Olivier Mérignac, 2002) qui a interrogé 82 entreprises  multinationales, 72% des responsables de la mobilité interrogés affirment utiliser l’expatriation en célibataire géographique afin de contourner les difficultés liées à la délocalisation de la famille. Le statut de non-accompagné peut également être un choix personnel. Les raisons invoquées varient alors entre préoccupations liées aux conditions de vie et de sécurité et volonté de ne pas chambouler la vie professionnelle du conjoint et les habitudes de vie des enfants.
L’éloignement des siens est difficile à vivre pour ces célibataires géographiques et peut devenir un véritable fardeau, comme le révèle certains témoignages recueillis par l’étude Les dangers de l’expatriation en célibataire géographique (Mérignac, Roger) : “La vie à deux me manque […] je n’ai personne à qui raconter mes journées, ça fait un vide terrible”, “Il [son fils] ne me dit rien, mais je comprends bien que cela ne va pas […] il a du mal à accepter que je ne sois pas là, ça lui fait de la peine et moi je culpabilise un maximum” ou encore “les coups de téléphone avec ma femme sont difficiles : même si ce dont on parle est gai, j’entends que sa voix vacille et qu’elle se retient pour ne pas pleurer […] le moral en prend un coup”.

Les tentations de la solitude
Si lors de l’expatriation avec sa famille, les couples parfois se défont, l’expatriation non-accompagnée est également un challenge pour les deux partenaires. Sur les forums, une thématique revient : l’infidélité. “Mon mari travaille en expatrié en Afrique, moi je reste en France avec les enfants. Notre couple va très bien quand il est là, nous sommes très amoureux … Mais là bas, il a des relations avec des filles locales, avides de fric, de cul …. Jusqu’à présent je n’avais que des doutes, j’ai aujourd’hui des certitudes, des preuves et ne sait comment vivre avec ! Quand je n’ai pas de messages le soir, je l’imagine … dansant avec elles, leur payant à boire, les ramenant à son appart et passant de folles nuits. Ça me hante, je crains son prochain retour, je l’aime profondément mais ne comprend pas pourquoi il fait cela”, écrit ainsi une femme d’expat restée en France.

“Mon mari a eu une mission trop courte pour que nous puissions le suivre, et manque de chance il m’a trompée pendant cette période. Il l’explique par le fait de s’être retrouvé seul et le manque de communication entre nous à ce moment. J’ai pu voir plusieurs hommes partir seul et tromper leur femme. Je me pose tellement de question, et fini par me demander s’il y a un risque à laisser partir l’homme seul ?”, s’interroge une autre.

Pour Pierre, célibataire géographique à Tokyo, il ne faut pas se voiler la face, la tentation sera là, pour lui, comme pour elle : “[Les hormones], c’est souvent le plus dur par ce qu’évidement le sexe opposé (et c’est valable pour les deux) semble de plus en plus attractif au fil des jours qui passent. Notre solution est de sortir peu lorsque des situations ‘compliquées” risquent de se produire et de rester devant la Web Cam passer la soirée avec le partenaire même si on ne se parle pas parfois pendant 15 mn lorsque l’on vaque a ses taches quotidiennes….” Son conseil pour réussir son expatriation loin de son partenaire ? Faire autant que possible comme à la maison : “il faut “s’obliger” a une certaine discipline tout comme si on vivait ensemble, c’est à dire s’appeler, se parler tous les jours, même si on n’as pas de nouvelles spéciales à raconter, c’est le seul moyen de continuer à vivre une vie ensemble, et avec la Web Cam on se voit même vieillir ensemble.”

Que l’on soit célibataire pour des raisons sentimentales ou uniquement à cause de la distance, les réseaux d’expatriés facilitent grandement l’intégration de ces nouvelles recrues de la mobilité internationale. Quand l’amour n’est pas là, l’amitié est définitivement un bon compromis.

Publié sur Lepetitjournal.com

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