VACANCES EN FRANCE – Voyage en terre inconnue

Les vacances d’été sont souvent l’occasion pour les expats de retrouver la mère patrie, un pays étrange dont on a parfois oublié les mœurs. Ces quelques semaines ou mois (pour les plus chanceux) dans l’Hexagone ne sont donc pas de tout repos. Le farniente et les visites culturelles sont le plus souvent sacrifiés pour un Tour de France des amis et des proches

Vacationing CoupleAh, la Tour Eiffel … si seulement on pouvait y aller ! © Simon Jarratt/Corbis

Après une année passée bien loin de ses amis et de sa famille, qu’il fait bon revenir en France. Les occasions sont si rares de parcourir notre beau pays. Provence, Auvergne, Côte d’Azur, Bretagne, Côte Atlantique, Paris, Strasbourg, Marseille, le Futuroscope ou encore le Mont-Saint-Michel, que de destinations qui vous font déjà envie. Seulement voilà, pas le temps de faire de plans sur la comète, votre entourage vous l’assure, vous ne venez en France que pour une seule raison valable : passer du temps avec votre famille et vos amis.

La famille et les amis, d’abord …
Dès l’arrivée à l’aéroport, le compte à rebours est lancé. Votre mission : rendre visite au plus grand nombre d’amis et de membres de la famille possibles. En 15 jours, vous faîtes un condensé de tous les évènements que vous avez ratés. Les vacances se résument donc en un Noël/Galettes des Rois/Pâques/Anniversaires/Oh qu’il est mignon le bébé/Réunion des anciens du lycée/Vive la mariée. Vous devez aller chez tout le monde, ou tout le monde décide de venir chez vous. Toute cette pression à de quoi déclencher chez certains un “stress pré-traumatique”. Cécile (expat à Pékin) témoigne : “Quand je pars deux mois dans le Bordelais, tout est minuté. Les amis, la famille, tout le monde s’attend à nous voir, c’est même d’ailleurs déjà prévu sans que l’on soit forcément au courant ! L’angoisse monte avant même de mettre le pied dans l’avion. Supermarché tous les deux jours, nettoyer la maison de fond en comble avant de voir un autre groupe débarquer, difficile dans ces conditions de se préserver quelques moments pour buller. J’en stresse d’avance…”

“A vrai dire, j’appréhende un peu. On est heureux, forcément. Quasiment tous les jours, nous allons revoir des têtes que nous n’avons pas vues depuis un an. Malheureusement, nous ne pourrons pas voir tout le monde. Et puis pour chaque retrouvaille il y aura aussi des au revoir, et ça, ça gonfle un peu”, peut-on également lire sur le blog Carnets de Seattle.

Un discours bien rôdé
Les amis et les proches sont curieux et aimeraient en savoir plus sur votre vie sans eux, sur votre vie “là-bas”. Tel un acteur en promotion pour un film, vous avez finalement l’impression de répéter un discours tout fait. Votre anecdote sur votre trek au Népal ne vous fait plus sourire après l’avoir racontée pour la dixième fois et vous vous maudissez déjà pour avoir proposé à tous vos amis avant de partir de leur montrer les 300 photos prises sur la Muraille de Chine. Marie-Christine (ex-expat à Beyrouth) explique les difficultés liées à ces retrouvailles express :”Cette impression à peine arrivée qu’on ne pourra pas voir ni satisfaire tout le monde (en quantité et peut-être qualité du temps passé) et pourtant on ne va pas lésiner sur un timing hyper serré pour optimiser les retrouvailles et limiter les frustrations, de percevoir la jalousie de certains (par ailleurs bien incapables d’accepter une éventuelle mutation à l’étranger), l’incompréhension d’autres (comment fait-elle pour se satisfaire d’un quotidien comme le sien ? Laisser tomber sa carrière pour suivre son conjoint c’est bien beau, mais ensuite tu vas faire quoi ?), de voir les enfants de nos amis qui ne nous reconnaissent pas… avec l’impression d’avoir raté des choses…, de voir nos parents ou grands-parents… plus vieux…”

Pour les jeunes expats, le séjour en France se passe chez Papa et Maman, un moment parfois difficile après une coupure de plusieurs mois avec le cocon familial : “Si je suis heureux de retrouver mes amis et ma famille, ces vacances en France n’en ont que le nom. Mes parents programment pour moi tous mes déplacements pour être surs que j’aurai le temps de tout faire et surtout de voir tout le monde. Couvée maternelle oblige, les bagages à peine défaits, ils sont aussitôt remplis de boîtes de conserves et autres friandises qu’il faudra absolument ramener avec moi”, explique Daniel (expat au Laos).

supermarcheLe supermarché, lieu de toutes les convoitises (© Tim Pannell/Corbis)

Se réadapter
A la pression du groupe, s’ajoute le stress d’un retour dans un pays que l’on ne connaît plus guère. Les mois passés à l’étranger font vite oublier le mode de vie à la française. L’Hexagone devient alors une terre inconnue. Il faut souvent quelques heures voire quelques jours avant de se sentir de nouveau “à la maison”. “Après 3 kg en plus, les crottes de chiens sur les trottoirs, les grèves, embouteillages et klaxons je serais certaine contente de repartir”, explique Sophie (expat à Singapour).  Joël (expat à Bangkok) ajoute : “Après une année passée loin de la France, et des francophones, les bruits de la foule m’oppressent un peu. Je ne peux plus “bloquer” les conversations. La première sortie au supermarché me fait déjà horreur. Mais bon, qu’est-ce que je ne ferai pas pour un bon camembert coulant ou un pot de rillettes ?”

L’appel du ventre
Comme pour le vélo, les bons réflexes ne se perdent finalement pas et l’appel du ventre est souvent le plus fort : “Après 6 mois loin de France je vais retrouver avec plaisir : les marchés de mon quartier pour l’ambiance, les fruits (framboises, abricots …), les merguez, le jambon de parme avec du melon, les rillettes avec une bonne baguette craquante, le reblochon, les Danettes au chocolat, le chocolat côte d’or, les magazines, les logigrammes, les livres, Monoprix, Franprix pour leurs rayons bien garnis et non pas Out Of Stock…”, souligne ainsi Sophie. “Mais pourquoi pense-t-on d’abord “bouffe” ? Des rayons laitages, fromages, charcuteries… immenses et tellement variés… qui font qu’enfin on a l’embarras du choix pour répondre à la question biquotidienne “Que va-ton faire à manger ?”… du canard, du lapin, du porc, des morceaux de bœuf que l’on ne trouve qu’en France… des vraies boulangeries…. le must, un repas charcuteries-fromages-vin rouge !”, s’enthousiasme Marie-Christine.

Man carrying woman on vacationDéfi de l’été : se garder du temps à deux (© Zac Macaulay/cultura/Corbis)

Et pourtant, quel bonheur !
Un séjour dans l’Hexagone même (toujours) trop court reste une véritable chance.”Avec le retour en France, nous nous réjouissons de revoir nos familles et nos amis car, même si on se crée un réseau sympa en expat, on est attaché à ceux qui restent en France. Ensuite et c’est personnel, je suis heureuse de retrouver un beau pays, aux paysages et aux monuments si divers.”, explique Florence (expat au Caire). “Même si je râle (un peu) avant de partir, c’est toujours un plaisir d’accepter les gentilles sollicitations et de revoir tous les gens qui nous manquent pendant ces dix mois à l’étranger”, renchérit Cécile. Les enfants peuvent profiter de leurs grands-parents et de leurs cousins/cousines. Les conjoints pressés par leurs obligations professionnelles peuvent enfin se retrouver. “Un mari disponible et en vacances… lui aussi !”, se réjouit Marie-Christine au nom des femmes d’expat.

Pour les couples binationaux, c’est l’occasion de faire découvrir son pays à l’élu(e) de son cœur mais aussi  parfois de le/la présenter à ses proches. Claire a trouvé la formule idéale : “Lorsque je vais en France, j’y vais avec mon conjoint chilien. Comme on n’a pas beaucoup de vacances (3 semaines par an), il faut être organisé. En général, nous donnons rendez-vous à mes parents dans un coin, une ville, une route pour profiter de leur présence tout en visitant de magnifiques lieux. Et puis mes parents voyagent en camping-car, on fait aussi des économies au niveau nourriture puisque nous partageons les repas!”

Conseils avant le départ
Pour bien préparer ce marathon estival, quelques petits conseils utiles :
– Un petit régime avant le départ est souvent le bienvenu. Pas uniquement pour pavaner en maillot de bains mais plutôt pour anticiper les kilos qui vous gagnerez forcément pendant ces vacances. La nourriture française est délicieuse mais souvent très riche et ce ne sont pas les journées passées à table qui vous permettront d’éliminer tout ça. L’entraînement physique se révèlera bien utile quand vos amis avec leurs nombreux enfants viendront squatter chez vous.
– L’agenda de ministre de l’expat en vacances en France n’est malheureusement pas une légende. Une organisation rigoureuse est donc de mise si l’on veut pouvoir tout faire et tout voir. Ce que l’on perd en spontanéité, on le gagne en efficacité. N’oubliez pas les petits détails logistiques, notamment la location de voiture.
-Prévoyez-vous quelques jours de pure relaxation et de détente : une sortie culturelle en famille, une escapade en amoureux (les grands parents seront ravis de s’occuper des marmots) ou tout simplement le farniente total (un hamac et un bon bouquin = le bonheur).

Il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter de bonnes vacances !

As published in lepetitjournal.com/publié dans lepetitjournal.com

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