FRANCE – J’ai le mal de toi parfois

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Caramels, bonbons et chocolats, ne sont plus que des paroles depuis que vous vivez à l’étranger. Ce petit goût d’Hexagone manque souvent cruellement à nos papilles franchouillardes. Mais au-delà de la cuisine tricolore, quels sont les “je ne sais quoi” si français qui nous font défaut hors de l’Hexagone ?

Si on se passe allègrement de l’arrogance, du poids fiscal et des grèves made in France (lire notre article), il y a des choses, des souvenirs, des lieux qui émeuvent tous ceux qui s’éloignent des frontières hexagonales. La madeleine de Proust peut en prendre des formes quand la mère patrie vous fait des appels du cœur.

L’appel du ventre
La question préférée des Français reste sans aucun doute : “qu’est ce qu’on mange ?” (à apprendre absolument dans la langue de son pays d’adoption). Dans ce contexte, il n’est pas étonnant de constater que la nourriture reste ce qui manque le plus aux expats français. Et si selon un classement TNS Sofres, le magret de canard, les moules frites ou encore la choucroute sont les plats préférés des Français, ce sont finalement les fromages, le vin, la charcuterie, les pâtisseries et la bonne baguette fraîche qui nous feraient presque verser une larme de nostalgie.

David, expatrié en Chine, fait la liste des produits “bien caloriques” qui lui manquent :
“- pizzas italiennes cuites au feu de bois : on en trouve pas d’aussi bonnes en Chine
–  glaces Häagen-Dazs : on en trouve en Chine mais pas tous les parfums comme caramel beurre salé
– salades et autres fruits et légumes frais : en Chine on n’a pas l’habitude de manger les aliments crus
– fromages
– tartes : au citron, à la fraise, …
– pains au chocolat et croissants
– saucissons secs
– bonnes tablettes de chocolat”

Selon Cécile qui vit actuellement depuis plus de 3 ans à l’étranger (Pologne, Macédoine, République tchèque) : “En Europe Centrale, la cuisine est très grasse et pas très fine. Ils ont des fromages type gouda sans goût ici.”. Pour Jean Pierre du Chili, “Ce qui me manque le plus, c’est la diversité pour la nourriture, les vins (quelle monotonie ! Aidez-moi à en sortir).” C’est également la réflexion que se fait Marielle, résidant en Allemagne, “Il me manque quelques trucs niveau nourriture fromage, effectivement la diversité alimentaire”. “Les yaourts “normaux” (pas systématiquement low fat) et le fromage au lait entier”, font saliver Puce, expatriée à New York. Marie-Laure, immigrée en Espagne, a besoin de diversité dans son quotidien alimentaire : “la viennoiserie et pâtisserie en général, les fromages, les apéros et autres amuse-gueules, impossible de retrouver tant de variété en Espagne, même si on en trouve de plus en plus.” Quant à Louis de Thaïlande, il planifie déjà ses repas pendant ses courts séjours en France : “j’en parle toujours à ma famille avant ma venue: paëlla, fruits de mer, couscous, pâtés et du bon pain frais, tout ça doit être prêts dans le frigo pour mon arrivée !”

Et puis se nourrir en France, ce n’est pas qu’une action nécessaire mais bien un cérémonial, que dis-je, un art ! Nadège du blog Miami tout savoir explique qu’elle pleure “les repas autour d’une table à discuter de tout et de rien et ce pas que pour les grandes occasions. Se poser de temps en temps au restaurant ou à la terrasse d’un café et n’être pas tout le temps en mode ‘’to go’’, pour aller où en plus ?”

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L’appel de l’esprit

La France c’est également le pays de Molière, des Lumières, de Montaigne et de Mireille Matthieu ! C’est de la philosophie et des mélodies avec une ironie si particulière. Tout cela conditionne nos œuvres culturelles (de la musique à la littérature en passant par le cinéma) mais également notre système éducatif. Les règles de politesse héritées du temps des courtisanes n’ont pas la même importance partout et le “merci” ou “excusez-moi” est parfois perçu comme superflu dans bon nombre de cultures.

Alors qu’il n’est pas toujours simple d’avoir accès à la culture française à l’étranger, les expatriés remplissent leurs bagages des derniers magazines (avec le plus de potins possibles !) et autres livres sur les listes des prix littéraires (de quoi faire jalouser ses amis). La musique se télécharge sur des plateformes plus ou moins légales. La télévision en replay, elle, n’est pas accessible partout (Lire notre article). Heureusement TV5MONDE et France 24 sont là. Notre humour, malheureusement, perd souvent de son charme dans les méandres linguistiques. Cécile regrette “Des émissions comme Groland, les Guignols et Arte. Ici, le niveau des chaînes de télé est encore très très bas…” et puis “Le cinéma indépendant. Ici, grande place aux films américains, quelques comédies polonaises de bas niveau et peu, voire jamais, de petites productions de directeurs méconnus.”

Diaprée, expatriée au Japon, parle dans son blog de ces petits chocs culturels quotidiens. Ainsi, ce qui lui manque le plus est de : “Comprendre tout ce que je lis autour de moi, les bandes dessinées à la Fnac, avoir le sentiment de savoir exactement ce qu’on attend de moi, sentir que je partage une culture commune avec les gens autour de moi, le sentiment de familiarité profond avec ce qui m’entoure”

Si les Français sont réputés pour leur mauvaise foi, il n’en est pas moins vrai qu’ils aiment argumenter et débattre de tous les sujets avec un certain franc-parler si caractéristique. “Ce qui me manque, ce sont les débats d’idées argumentés animés par des personnes “honnêtes” et mesurées intellectuellement. La sécurité et la liberté de circuler à toute heure. L’éducation et l’instruction globale des Français qui, vu de l’étranger, restent une marque de civilisation.”, commente JDD. Puce ajoute qu’il lui manque “des vraies discussions où on peut ne pas être d’accord sans avoir peur de terriblement choquer l’autre, une certaine discipline dans les écoles”.

L’appel du pied ?
C’est souvent avec amertume que les expatriés (aussi râleurs que leurs compatriotes restés en France), se rendent compte que finalement la France qu’ils critiquaient sur tant de points, est bien plus attrayante une fois qu’on l’observe à distance. Il y a d’abord les avantages sociaux. La sécurité sociale est définitivement un luxe qu’il est triste d’abandonner. Ainsi Puce s’attriste de ne plus bénéficier du “confort de la sécurité sociale (je n’ai pas intérêt à retomber malade ou à avoir un problème dentaire, je n’ai pas les économies pour avancer les frais)”.

Le contact humain est également primordial pour nous latins, alors lorsque l’on vit en Chine comme Sylvain, on regrette : “Un truc tout bête, faire la bise ou même serrer la main. Pour dire bonjour à une fille en France, on lui fait la bise, normal. En Chine il n’en est rien, tout comme pour les Russes et les Américains, vraiment frustrant! On se contente alors d’un geste de la main et d’un sourire souvent niais… Même les commerçants disent très rarement bonjour ou au revoir aux clients, il en est ainsi.”

Et puis il y a les beaux paysages et un climat varié et agréable. Ceux qui migrent au Nord regretteront les douceurs automnales et printanières, ceux qui vivent sous les tropiques penseront avec nostalgie à leurs Noëls blancs. La France est belle et ce n’est pas pour rien que l’Hexagone reste la première destination touristique au monde.

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